15e Festival du Film Asiatique de Deauville

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Deauville Asian Film Festival Slide

Le Cerveau revient sur le festival du film Asiatique de Deauville avec 9 films en compétition et un hommage au réalisateur japonais Sono Sion. 

Le cinéma asiatique connait ses propres codes et ses propres lois. Loin des clichés répétitifs et sur-utilisés de la narration américaine basée sur le monomythe et le voyage du héros, le cinéma asiatique existe par lui et continue de se faire une place à l’international. Si la renommée de certains réalisateurs n’est plus à refaire comme Ang Lee, Wong Kar Wai ou encore Takahashi Mike, l’Asie et ses milliards d’habitants c’est également les Philippines, la Malaisie ou la Thaïlande, des pays qui ont également un cinéma qui s’exporte peu, mais qui existe.

Le 15e Festival du film Asiatique de Deauville qui se tenait du 6 au 10 mars dans la ville aux planches balnéaires, a permis aux festivaliers de découvrir une variété de films venus des quatre coins de l’Asie. Le Cerveau revient sur les films qui étaient en compétition.

Four Stations (Thaïlande) [Lotus Prix du Jury]

Film thaïlandais, Four Stations raconte les histoires de quatre personnes pauvres vivant le long du même chemin de fer. Un vieux moine qui veut enseigner la sagesse à ses jeunes disciples, un orphelin qui tente de se faire accepter par son oncle et sa tante, un immigrant birman qui court pour sauver de sa femme de l’expulsion et deux familles voisines dont les rapports se détériorent rapidement. Four Stations est construit autour d’un concept intéressant, mais si le fond est bon et qu’il est toujours intéressant de voir une tranche de vie dans une culture différente (en l’occurrence plusieurs tranches de vie) la forme de Four Stations n’est pas extraordinaire, la mise en scène est lente, le cadre monotone et le montage manque de dynamisme. On se retrouve alors avec un film statique.

 

Songlap (Malaisie)

Film malais, Songlap  raconte la vie de deux frères Ad et Am qui pour survivre dans Kuala Lumpur font du trafic d’enfants, ils revendent à des familles aisées les enfants de prostituées. Le plus jeune des deux frères, Ad, aspire à une vie plus simple, faite de breakdance. Songlap plonge le spectateur dans les bas-fonds de Kuala Lumpur, la relation des frères n’est pas sans rappeler celles des frères de  Slumdog Millionnaire, l’un rêveur et l’autre résigné. Songlap aborde l’emprise des parents sur leurs enfants : la mère de Am et Ad les a abandonnés et ignore leur existence, le père d’Hawa a une emprise diabolique sur sa fille tandis que des couples sont près a débourser de fortes sommes pour devenir parents. Songlap est bien écrit, réalisé et monté. Le duo de réalisateur, Effendee Mazlan & Fariza Azlina Isahak, joue avec le spectateur en laissant des scènes clés en suspend. La progression narrative du film est bien rythmée avec une bande originale entrainante qui accompagne parfaitement le film. Songlap a tenu tout l’auditorium en haleine, jusqu’à la scène finale après laquelle Deauville a pu reprendre son souffle.

 

The Weight (Corée du Sud)

En présence du réalisateur Jeon Kyu-Hwan, hier était présenté le film sud-coréen, The Weight. Le film raconte l’histoire de Jung, un bossu travaillant dans une morgue où il prépare les corps et les embellit. Corps qui pendant des moments de rêveries deviennent des modèles pour ses peintures, ou des partenaires de danse. Sans ami et considéré anormal par la société, il vit en longeant les murs et se faisant discret. The Weight, d’après les mots du réalisateur, a pour but de mettre en avant le Karma des gens à travers les personnages, cela se confirme lorsque l’on apprend comment certains personnages ont trouvé la mort, mais pour le reste, le film est une galerie de personnages étranges. Le frère transsexuel de Jung, la seconde employée de la morgue en manque d’affection, les morts et les gens qui viennent les pleurer, les deux ambulanciers détachés de leur travail et l’autre bossu au casque de moto. The Weight est un film macabre sur le malêtre et comme le cinéma coréen n’a pas les mêmes tabous que le cinéma français nombreux ont été les personnes choquées par le film, qui a connu une hémorragie de spectateurs pendant son heure quarante de projection. Entre l’inceste fraternel ou le lavage au sang, The Weight est un film étrange sur des personnages étranges.

 

Mai Ratima (Corée du Sud) [Lotus Prix du Jury]

Film ayant ouvert la compétition, Mai Ratima raconte la triste histoire d’amour entre une immigrée Thailandaise, Mai Ratima, venue pour un mariage arrangé étant devenue le souffre-douleur de sa famille d’accueil et de Soo-Young, un jeune coréen sans emploi.
Sauvant Mai de son sort, Soo-Young l’entraîne à Séoul où malgré leur manque d’argent ils sont heureux et amoureux.
Tout change lorsque Soo-Young trouve un travail auprès de Young-jin qui le séduit.

Mai Ratima explore le quotidien d’une immigrée que tout le monde abandonne dans une société qui lui rappelle qu’elle n’est pas chez elle. Émouvante et tendre l’héroïne semble accepter son sort, tandis que Soo-Young saute sur la première occasion pour changer le sien, l’abandonnant au passage. Mai Ratima traite de la difficulté de vivre lorsque l’argent se fait rare, voire inexistant, tout en montrant que celui-ci ne fait pas le bonheur. Dans Mai Ratima, le bonheur c’est l’autre, tout comme l’enfer.

I.D (Inde) [Lotus du Meilleur Film]

Film indien, I.D raconte l’histoire de Charu, une jeune fille d’une vingtaine d’années qui vit avec ses colocs dans un appartement de Mumbai. Un jour, un peintre venu refaire son salon y fait un malaise. Voulant l’aider, Charu va sillonner la ville pour retrouver son identité.

I.D est un petit film qui au détour d’un concept simple montre les disparités entre les différentes classes sociales indiennes. Charu et ses amis font partie de la classe moyenne et ont les tracas qui vont avec : trouver du travail, payer les factures et faire la fête… Le malaise du peintre et la recherche de son identité pousse Charu dans les endroits les plus défavorisés et insalubres de la ville.
Alternant des plans subjectifs et des plans larges, le réalisateur crée une histoire engageante qui nous entraîne à la découverte de Mumbai.

Kamal K.M, le réalisateur, a touché lors de la remise du prix du meilleur film. Simple et humble, il a tenu à souligner l’importance du cinéma dans sa vie, qui pour lui transcende les frontières et constitue un langage universel. Un prix mérité.

 

 

The Last Supper (Chine)

The Last Supper revient sur la fondation de la Dynastie Han. Le premier Empereur Han, mourant revient sur sa vie, sa montée au pouvoir, lui qui n’était qu’un pauvre paysan et sur les rivalités et les trahisons qui ont jonché son parcours, en particulier lors d’un dernier banquet avec son rival Yu.
The Last Supper fait référence au dernier repas du Christ, où il reçoit le baiser de Juda, car le film a pour thème central la trahison et les jeux de pouvoirs. Les trois personnages principaux sont victime des ambitions des autres, alors qu’ils ont tous commencé comme alliés.

The Last Supper est beau, comme tous les films d’époque chinois. Les décors sont somptueux et les costumes également, et la mise en scène est léchée. Le seul problème du film est sa narration faite de flashback qui devient rapidement difficile à suivre.

 

Apparition (Philippines) [Prix du Public]

Situé dans un couvent pendant la période tumultueuse de l’histoire des Philippines, Apparition narre le quotidien d’un groupe de nonne recluse et protégée de l’extérieure par la mère supérieure Ruth . Mais l’une d’entre elles, soeur Remy apprend par sa mère que son frère a disparu et tente de se renseigner sur les évènements entraînant avec elle la Soeur Lourdes, une nouvelle ordonnée.

Apparition est un film difficile à voir de bon matin de l’aveu même du réalisateur. Commençant sur des faits historiques du point de vue des soeurs recluses, le viol de la Soeur Lourdes change la direction du film qui devient alors un film sur le contrôle et la force de la religion. Lourdes essaye de comprendre pourquoi cela lui est arrivé, ses supérieures décident à sa place ce qu’elle doit faire de son bébé, tout ça en essayant de comprendre pourquoi Dieu a décidé que cela devait lui arriver.

Souffrant de longueurs, Apparition reste un bon film, surprenant et parfois de difficile. Le réalisateur, Vincent Sandoval, utilise une narration non linéaire pour raconter cette histoire, apportant une profondeur au film et à certains personnages, qui ne se révèlent que dans les dernières minutes.

 

 

The Town of Whales (Japon)

Réalisé comme un projet de fin d’études par Keiko Tsuruoka, The Town of Whales se passe en plein été dans une petite ville du Japon. Trois amis, Machi, Tomohiko et Hotaru décident de passer une journée à Tokyo pour partir à la recherche du frère de Machi dont elle est sans nouvelle depuis 6 ans.

The Town of Whales est un film charmant sur les vacances d’été, les premiers amours et le passage à l’âge adulte, mais le film souffre de longueurs malgré une durée de 1h10. La jeune Keiko Tsuruoka et les acteurs du film montrent un potentiel qui ne manquera pas d’exploser dans les prochaines années, surtout si l’on considère The Town of Whales comme un film non professionnel.

 

 

 

Taboor (Iran) [Lotus Air France - Prix de la Critique]

Taboor c’est l’histoire d’un homme qui souffre d’une maladie qui le «cuit» de l’intérieur. Et qui va la nuit chez les gens faire des tâches diverses comme désinfecter, servir de cible, taper dans les murs …
Taboor est un film étrange et le Cerveau demande à quiconque ayant une pierre de rosette de l’aider à comprendre ce film d’une heure trente où il n’y a que 2 phrases (peut-être trois) et des plans de viande en train de cuire pendant une heure et demie.
Regarder Taboor s’est vite révélé comme étant une épreuve d’immunité digne de Koh-Lanta, où ceux qui tiennent jusqu’à la fin du film en ressortent plus fort.
La salle s’est très vite vidée pendant la projection en présence du réalisateur iranien Vahid Vakilifar qui a dû comprendre que la France n’était pas prête pour son cinéma…

Taboor c’est indescriptible… Mais pour la critique internationale, c’est le meilleur film de la compétition, ils devaient avoir la pierre de rosette.

 

Hommage à Sono Sion/ The Land of Hope (Japon,2012)

 Hier était présenté un hommage au réalisateur japonais Sono Sion qui s’est vu remettre un prix pour son oeuvre dont une sélection des premiers films et courts métrages est présentée à Deauville. Le réalisateur était surpris de voir certains des films sélectionnés, quelques uns ayant été réalisé en tant que cinéaste amateur. Après avoir récupéré son prix, la salle a pu découvrir le film The Land of Hope, dernière réalisation de Sono Sion et qui traite du problème nucléaire au Japon.   Lorsqu’un tremblement de terre fait exploser la centrale nucléaire, les habitants doivent choisir entre partir et rester. The Land of Hope fait écho à Fukushima et dénonce les mensonges du gouvernement et des médias sur les véritables dangers des retombées radioactifs. Mais The Land of Hope est également une histoire d’amour ou plutôt trois histoires sur trois générations différentes. Le père âgé qui refuse de quitter sa maison, peu importe le danger, par amour pour sa femme qui commence à perdre la mémoire. Le fils qui par amour pour sa femme va accepter de paraître ridicule et de s’éloigner de ses parents et le jeune voisin et sa copine qui braveront des interdits pour retrouver les parents de celle-ci. The Land of Hope traite de l’attachement familial avec brio et après la projection, nombreuses étaient les personnes qui parlaient de leur parent et/ou de la menace nucléaire. Car le plus terrifiant avec ce film est que ces évènements pourraient se produire demain.

 

Hommage à Wong Kar Wai/The GrandMaster

Le réalisateur d’In The Mood for Love, 2046 et My Blueberry Nights était honoré le soir du 8 mars pour l’ensemble de sa carrière. Wong Kar Wai s’est vu remettre la médaille de la ville de Deauville des mains du maire avant d’être applaudi à plusieurs reprises.
L’auditorium était rempli pour saluer l’homme aux éternelles lunettes de soleil qui venait également présenter son nouveau film The Grandmaster, retraçant la vie d’Ip Man, maître de l’art martial chinois le Wing Chun et qui aura comme disciple un certain Bruce Lee.
La présentation du film fut précédée par une démonstration de Wing Chun, sur scène, par une troupe internationale de combattants internationaux.

The Grandmaster sortira en France le 17 avril prochain, le Cerveau reviendra donc sur ce film le moment voulu.

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