9/11 ou le nouveau souffle d’Hollywood

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9/11

C’était il y a  13 ans : deux tours mythiques, symbole de toute une nation étaient prises pour cible et détruites par des terroristes. Toutes les générations s’en souviennent, des moins jeunes aux plus vieux. La première attaque retransmise aux quatre coins du globe et suivie LIVE par des millions de téléspectateurs, un véritable cauchemar s’apparentant à une mauvaise production de TV réalité.

A l’aube de changements qui se peaufinaient déjà dans le paysage audiovisuel américain, le 11 septembre 2001, ou 9/11 comme l’appellent si bien nos amis d’outre-Atlantique, a non seulement bouleversé l’Amérique dans sa vie et ses rapports à l’international, les limites que s’était imposé le pays vis-à-vis de son implication géopolitique dans le monde, mais aussi complètement changé la donne du petit écran.

Voici une sélection des répercussions de cet évènement sur le petit écran : l’après 11 septembre, ou une nouvelle ère de l’industrie télévisée hollywoodienne.

L’auto-censure,ou comment ne pas heurter la sensibilité de l’Amérique

 

L’exemple Friends

Comme quoi on ne peut vraiment pas rire de tout chez l’oncle Sam

L’un des exemples les plus marquants fut la 8ème saison de Friends. En effet, la série de NBC, dont la première devait suivre cet évènement tragique, s’est vu coupée de tous ses plans représentant les deux tours, et privée de certaines scènes jusqu’à sa fin en 2004. Si l’on récupère les éditions DVD de cette même saison 8, édités quelques années plus tard, on peut quasiment revoir une moitié d’épisode avec des scènes coupées en bonus. Celles où Chandler et Monica essuyaient quelques heurs avec les autorités aéroportuaires, suite à une blague déplacée de Chandler mentionnant une bombe. Toujours dans le but de ne pas heurter la sensibilité des spectateurs, la production avait pris le temps d’annoncer ces scènes en fin d’épisode, avec un joli message expliquant que l’on espère qu’avec les années, personne ne sera choqué et que le spectateur sera à même d’apprécier la blague …

Tout le reste de la saison est truffé de détails faisant référence aux héros du 9-11, à savoir les pompiers et sauveteurs de cette attaque. Rachel, Joey, Chandler et les autres portent constamment des objets leur rendant hommage (T-shirts, casquettes ornés du sigle des pompiers de la ville: FDNY ), et des drapeaux du pays sont bizarrement apparus sur les murs de nos amis. Patriotisme, quand tu nous tiens…

 

 Sur cette photo (8×13), Joey porte un T-shirt avec une inscription « Cpt Billy Burke, FDNY 21″ en mémoire du pompier de la caserne 21, mort sous un effondrement des débris des tours.

Quand les créateurs de X-files se la jouent Nostradamus

Une des autres censures dont peu de personne parle, à part sur le net (et encore il faut creuser), concerne la série dérivée de X-files : « The Lone Gunmen » produite par Frank Spotnitz.

Le plus étrange c’est que c’est le pilote même de cette série dont il s’agit. Cet épisode, diffusé en mars 2001 et mettant en scène les 3 héros de la série (les anciens acolytes geeks de Mulder) tentant de déjouer des plans anti-gouvernementaux à travers un Boeing 727 utilisé comme une arme pour détruire les Twin Towers. Cet attentat s’avérera être un complot du gouvernement américain accablant des terroristes pour justifier d’une guerre profitable à l’industrie américaine de l’armement.

Coïncidence ? Certainement. Certains fans de X-Files ou 24 seraient prêts à mettre en jeu leurs produits dérivés les plus chers pour attester d’une théorie de conspiration gouvernementale et télévisée, mais sans arguments ou preuve tangible. Et pour être honnête, que Chris Carter soit un informateur, une taupe de la CIA ou d’Interpol, c’est aussi plausible que de croiser le Père Noël en caleçon un 24 décembre… Mais il en est que personne n’a réellement eu de réponse concrète de la part des scénaristes sur la genèse d’un tel script. Même le producteur de la série peine à se défendre, puisque en 2008, au cours d’un panel sur la série X-Files au Comic Con de San Diego, les créateurs se sont empressés d’éluder la question, par peur d’être mêlés de près ou de loin à Al-quaida, ou peut être par culpabilité d’avoir prédit sans le vouloir la pire catastrophe qu’a pu vivre le pays depuis Pearl Harbour.

Pour le curieux voici un extrait de cet épisode très prédictif:

Une renaissance de la créativité Hollywoodienne

 

24 : l’enfant prodigue des attentats.

Bien que la série dans son concept fût déjà en marche, Joel Surnow, et Robert Cochran se sont empressés de surfer sur les attentats du 11 septembre dès la saison 2, alors que la  série fait son apparition sur les écrans américains juste après cet évènement tragique. Réalisée et présentée en « presque » temps réel, 24 Heures chrono met souvent en scène des terroristes extrémistes musulmans pour en faire un véritable fond de commerce du show jusqu’à sa fin en 2010 (sur 8 saisons, les terroristes du Moyen Orient menaient la barque sur 4 saisons). Il n’y a pas de doute, exit le vieil ennemi avec sa faucille et son marteau, bonjour les barbus! Avec de l’action et du suspense à l’américaine servi sur un plateau en or, un personnage symbole de tout le patriotisme du pays : Jack Bauer. Un homme, une idée, une utopie capable de tout sacrifier (y compris sa femme, sa fille, ses copines, ses potes, son chien…. ) ou commettre l’impardonnable pour sauver le pays. Un Chuck Norris des années 2000 en moins barbu, moins has-been et une vessie à toute épreuve.

Au-delà de l’action, La série a quand même su intégrer des nuances dans le traitement de son sujet maître. 24 prend le temps et du recul pour s’attaquer à  des sujets qui pourraient fâcher l’Amérique dès les premières saisons. En critiquant certaines politiques gouvernementales, décisions et déclaration de guerres, consensus géopolitiques, lobbyistes ou autres aspects de l’actualité liés à ces évènements, la série s’est vite fait une tribune pour défendre des opinions politiques et dénoncer certaines dérives post 11 septembre, avec beaucoup de subtilité et d’intelligence. Elle n’hésite pas à pousser la critique vis à vis du modèle américain et de ses dangers. Elle fut d’ailleurs la première série à présenter un président des USA afro-américain, sans précédent en télévision.

Quand la maison blanche tente de donner des leçons

Juste après les attentats, The West Wing ( A la Maison Blanche ) a souhaité remettre à l’heure les pendules et mettre en garde ses spectateurs contre les dérives de l’extrémisme religieux. Ecrit et réalisé en deux semaines et complètement en aparté avec la trame narrative de la saison qui suivra, l’épisode intitutlé Isaac & Ishmael  a été diffusé avant le début officiel de la saison sur la chaine. Dans cet épisode, le président répond successivement à des questions d’enfant, tentant de leur faire comprendre la distinction entre terroristes extrémistes et simples croyants. Cet épisode est d’ailleurs celui qui a été le plus vu de la série.

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Les cas Rescue Me et New York 911 

Alors que New-York 911 existait déjà depuis 1999, Rescue Me n’est arrivé sur les écrans de FX qu’en 2004. Bien que les deux surfent sur le même sujet, à savoir ces héros de tous les jours qui sauvent des vies, ces séries n’ont pas eu le même rapport dans leur traitement de ce drame. New York 911 a plutôt joué la carte du réalisme en offrant la parole et en mettant en avant les officiers de police et pompiers figurants de la série pour la première de sa troisième saison, diffusée après les évènements.

Avec Rescue Me, le spectateur entre en totale immersion avec les membres d’une caserne fictive New yorkaise, les suivant dans leurs interventions et les déboires de leurs vies quotidienne et sentimentale. A travers ces personnages, une peinture assez grinçante des traumatismes subit par ces sauveteurs du WTC se peint au gré des saisons, un tableau psychologique intéressant dressé avec subtilité et porté par le charismatique Denis Leary.

 

Les Expert Manhattan, ou comment torturer le spectateur

Dans les Experts : Manhattan, on pousse le vice un peu plus loin en créant un héros torturé par la perte de sa femme lors des attentats. Tout commence dans le pilote diffusé en 2004, avec Mac Taylor, superviseur de la police scientifique de New York et accessoirement personnage principal de la série. Mac supporte très mal la perte de son épouse. Cela va encore plus loin puisqu’on voit le personnage se rendre à Ground Zero, à la fin de l’épisode pilote de la série, pour se recueillir. Et c’est ainsi que pendant 7 saisons le spectateur va suivre l’évolution de ce personnage et de son rapport avec le drame, métaphore de la cicatrice que porte toute une ville suite à 9/11.
Et pour bien enfoncer le couteau dans la plaie, la saison 8 a débuté avec un segment flashback  qui reviendra sur cette journée tragique et ses conséquences traumatisantes sur les différents personnages de la série ) à l’occasion du dixième anniversaire de l’évènement. L’occasion de découvrir notamment Mac (Gary Sinise) et sa femme Claire (Jaime Ray) dans leur intimité tout en donnant encore plus de pathos à ce personnage principal torturé.

 

Et quand la Science Fiction s’en mêle ça donne quoi ?

Et bien ça donne une réalité parallèle comme dans la série Fringe de J.J Abrams, le créateur de Lost. Dans ce final de première saison, intitulé A la croisée des Mondes, les réalisateurs et scénaristes de la série on frappé fort et lourd et osé ce qui était objet de censure pendant presque huit ans. Dans cette scène finale assez spectaculaire, on découvre que les tours jumelles sont encore debout dans une réalité alternative à notre monde. L’avion qui était sensé percuter le World Trade Center s’est écrasé en fait sur la Maison Blanche.

L’originalité de cet épisode n’est pas seulement scénaristique. Pour la première fois depuis le 11 septembre 2001, une série ose montrer les Deux Tours, générées bien évidemment en 3D. Le cliffangher de fin de saison se termine donc par un plan rapproché de l’héroïne de la série qui s’éloigne pour offrir une vue à 180° de Manhattan au coucher du soleil et finir en panoramique sur les Twin Towers, intactes !

Même si certaines critiques américaines ont exprimé la crainte que ce plan aurait réveillé certaines douleurs à la diffusion de l’épisode, il aura fallu presque une décennie pour que l’Amérique accepte de faire face à l’image de ces deux tours. Et diffuse ainsi, en dehors des reportages auxquels nous avons droit chaque année en date anniversaire, des images du World Trade Center sur le petit écran.

 

Crédit photos :20th Century Fox Entertainment, Shutterstock, CBS, Warner Bros

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  • Richard Plume

    Une mauvaise production de TV réalité ? Ce sont les images les plus spectaculaires et marquantes de la décennie… au minimum… c’est au contraire du très grand cinéma…