Séries TV : Prequel d’un remake d’un spin-off

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Twin Peaks, X-Files, Heroes, Charmed, Fame, Remington steele, Star Trek… merci, n’en jetez plus, la coupe est pleine. Remakes, spin-offs et autres prequels, la mode est à la resucée. Tant pis pour le téléspectateur.

Tu es un grand network ? Ton audience s’effrite ? Commande donc un remake ou un de ses corollaires. Les téléspectateurs connaissent déjà les personnages, l’univers, le format… Il te suffira de changer l’un des éléments pour avoir l’impression de faire du neuf alors que tu ne fais que du recyclage.

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Eviter la prise de risque

En période de forte pression économique, c’est humain d’agir de cette façon. Humain et rassurant. D’un point de vue financier s’entend. Une création coûtera forcément beaucoup plus cher à lancer qu’un remake ou un spin off, moins de travail d’écriture, une bible déjà en place, des réalisateurs qui connaissent déjà le bébé… Prends NCIS, transpose certains personnages dans une autre ville, ajoutes-en d’autres, propose d’autres enquêtes et tu obtiendras un succès presque aussi gros avec NCIS Los Angeles.

series-prequel-dun-remake-dun-spin-off-TwinPeaks-okEn plus, un remake, un spin off, ou un revival, avant d’aguicher le téléspectateur, c’est le publicitaire que ça attire. Entendons-nous bien, ça n’assurera pas la pérennité de la série mais au moins son lancement. Si l’audience suit, les annonceurs pourraient même se bousculer au portillon.

Mais dans le cas contraire, fuir précipitamment le bateau et accélérer le naufrage. Charlie’s Angel, le remake fadasse des Drôles de dames n’est plus là pour en témoigner, supprimé au bout de 8 épisodes. Il gît sans doute au fond de la mer des naufrages télévisuels à côté des 5 épisodes d’Ironside, le remake de l’Homme de fer.

 Ces nouvelles Drôles de Dames...qui ont pas l'air très drôle cela dit en passant

Et puis pour la com’, c’est tout bon coco : avant même d’avoir écrit la moindre ligne, d’avoir même fait signer acteurs, showrunner et consorts, tu t’assures une pub de folie rien qu’avec les articles des critiques, les excitations bonnes ou mauvaises de la toile mondiale et les reprises dans tous les sens. Alors bien sûr, David Lynch ne réalisera pas les futurs épisodes de la 3ème saison de Twin Peaks, mais l’attente est tellement forte que tant pis, on regardera quand même. Dans le style, c’est Netflix qui l’a bien compris : Arrested Development ou La fête à la maison, Le Cerveau est sûr que vous avez entendu parler de leur retour et que vous en êtes tout excité. Ça va ? Vous allez tenir ? En cas de rechute, faites-vous les anciens épisodes… Ça tombe bien, ils sont déjà sur Netflix !

Bien sûr, toi, le producteur, le studio, le diffuseur, tu pourrais aussi avoir de l’inspiration, prendre des risques. Mais c’est d’abord à ton portefeuille, à ton budget que tu penses. Alors ok, va pour la resucée.

Nostalgie mon amour

Joey-TV-SeriesC’est aussi la faute du téléspectateur si tu lui donnes ce qu’il demande. Ces personnages, il les a tellement A-DO-RE qu’il ne veut pas les quitter. Tu as usé How I Met Your Mother jusqu’à ce la corde ressemble à de la grosse ficelle, mais il en veut encore. Vends lui donc une déclinaison façon How I Met Your Dad, ça devrait l’exciter. Malheureusement pour toi, il ne suffit pas d’imaginer le spin off pour qu’il se concrétise. Même pour les meilleurs scénaristes américains, écrire l’indescriptible est impossible.

Mais l’idée est là : répondre à cette fâcheuse question : comment donner une suite à quelque chose qui n’en a pas pour siphonner jusqu’à la dernière goutte l’amour du téléspectateur pour sa série. Si tu suis l’expérience des grands anciens, tu prendras un personnage et tu l’implanteras dans une nouvelle série. Joey Tribbiani de Friends dans Joey, Gary Ewing de Dallas dans Côte Ouest, Mork de Happy Days dans Mork and Mindy avec Robin Williams (je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître…) ou plus proche de nous, Angel de Buffy contre les vampires.

Attention quand même à bien choisir ton personnage. Il faut que le téléspectateur ait encore des choses à apprendre sur lui si tu veux l’accrocher et surtout, il doit être assez fort pour porter sur ses épaules de nouveaux arcs narratifs sur la durée. Et à ce jeu-là, Dabid Boreanaz a plus de muscles que Matt LeBlanc…

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Autre solution d’école, garder l’univers et changer tout le reste, enfin surtout, tous les personnages. NCIS, Star Trek, CSI, Stargate… en général, ça fonctionne. Pour le télespectateur, la série est assez familière mais reste source de découvertes. Banco. Le champion toute catégorie de cette façon de faire, c’est sans doute Dick Wolf. Depuis 1990, le showrunner fait régner la Loi et l’Ordre sur la télé américaine. Comme Martine qui va à la plage ou à la montagne, Law and Order se décline à New York, Los Angeles, Londres ou Paris, en cour de justice, section criminelle ou unité spéciale, pour au final cumuler près de 1155 épisodes pour une seule et même franchise. Sachant qu’au départ, ce sont simplement des enquêtes comme il y en a des milliers à la télé. Mais Dick Wolf a trouvé le filon et en bon loup, il ne l’a pas lâché.

La recette miracle n’existe pas

Certaines fois, le studio n’a pas le choix (enfin, c’est ce qu’il croit) : la faute aux accents, aux langues étrangères. Pourquoi le monde entier ne parle-t-il pas l’anglais avec l’accent chéri des américains ? Obligé de refaire si on veut profiter du succès : The Bridge, The Returned, The Killing… en France, nous les avons d’abord connus sous le nom de Bron, les Revenants ou… hum… the Killing (Forbrydelsen). Impossibles à diffuser tels quels aux Etats Unis pour un public pas habitué au doublage ou aux sous-titres. Alors on refait. On « remake ». L’accent anglais est aussi insupportable à leurs petites oreilles d’où des versions US et GB de The Office, Broadchurch ou encore Skins. Paradoxal, certaines fois, les mêmes acteurs sont convoqués (l’Ecossais David Tennant joue dans Broadchurch ET dans Gracepoint, son remake américain), mais l’ambiance est différente alors, on refait, on « remake ».

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Rassure-toi, ô lecteur du Cerveau, les studios ont quand même compris que le remake, le prequel ou le spin off ne garantissait pas le succès. Mais c’est comme le sucre et le beurre, tu sais que ce n’est pas bon pour ton cholestérol, ton diabète, ta bouée autour du ventre ou tes caries, mais certaines fois, toi non plus, tu ne peux pas t’empêcher, tu rechutes dans le pot de pâte à tartinée à l’huile de palme. Mais tu compenses avec des légumes. Ben les studios, c’est pareil. Certaines fois, un bon remake permet de lancer une série complétement originale. La resucée comme garantie pour l’innovation…

Crédit photos : ©Droits reservés.

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  • Emilie

    Notons que Dick a récidivé, après tous les Law & Order de NY, il nous fait tous a Chicago. Chicago Fire, Chicago PD, bientôt Chicago Med… ON ajoute a ça les cross-over entre les deux franchises…

    Le pire, ce que ça marche.