Dead Letters : Gang’s of Purgatory (critique)

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4.5

« La première chose dont je me souviens, c’est que je ne me rappelle plus rien » Critique de Dead Letters, un purgatoire violent aux allures de roman noir, signé Christopher Sebela et Chris Vision.

Un habitué de l’écriture de comics, un jeune graphiste talentueux : voilà l’équipe de choc de Dead Letter. Quand Christopher Sebela, auteur du très bon High Crimes et coloriste sur l’excellent Sex Criminals (dont le Tome 2 est paru en Septembre dernier chez Glénat), s’allie au polyvalent Chris Visions, habitué du jeu vidéo et du storyboard, on obtient un comics graphiquement percutant, doublé d’un scénario classique, mais rondement mené.

501 DEAD LETTERS T01[BD].inddDans ce premier tome de Dead Letters, Mission Existentielle, on fait la connaissance de Sam, un mec paumé qui se réveille dans un motel miteux, des bandages sur les bras, un revolver sur la table de nuit et une bande de types peu fréquentables aux trousses. Entre les feux de deux gangs rivaux, ceux de l’inflexible Ma et du transpirant Jones, Sam se retrouve bientôt cerclé de toutes parts. D’autant qu’un troisième personnage, Maia, rentre en jeu pour l’extirper cette mauvaise passe et l’éclairer sur sa situation : Sam est mort, il n’est ni au Paradis, ni en Enfer, il est Ici. Une sorte de Purgatoire où Dieu laisse les âmes devenues incontrôlables s’entre-déchirer en attendant de, peut être, monter Là Haut.

Le Cerveau s’est attardé pour vous sur ce premier tome de Dead Letters, Mission Existentielle, dont la sortie est prévue aujourd’hui 4 novembre aux éditions Glénat, et vous en propose un avant goût teinté de sang et de cendres.

Un roman noir au Purgatoire

Avec Dead Letters, on découvre un univers perdu quelque part entre Grim Fandango et Sin City. L’atmosphère du roman noir est certes passé à la moulinette du comics américain, mais on reste dans un schéma classique de prises de pouvoir et autres revanches sanglantes entre gangs rivaux dans une cité dénuée d’ordre moral, Dieu lui-même ayant un peu laissé tombé.

L’enjeu du purgatoire, du passage d’un état vivant à celui d’âme errante, est presque un prétexte pour apporter une dimension plus profonde et surnaturelle à une histoire qui serait un peu banale sans cela.Dead Letters_image 5MODE

Et c’est une réussite : le scénario classique (mais pas simpliste) empreinte au fantastique pour notre plus grand plaisir, d’autant que l’histoire nous est intelligemment racontée. En effet, comme c’est souvent le cas dans les romans noirs, la narration revient au héros (le fameux badboy, le ripoux au grand coeur). Un héros qui, en l’occurrence, ne connaît rien du monde dans lequel il se retrouve après sa mort (dont il n’a aucun souvenir). Le lecteur découvre alors ce nouvel univers aux travers des yeux de son protagoniste, au fur et à mesure que celui-ci se fait à son nouvel environnement. Cela donne une narration parfois un peu décousue, mais parfaitement cohérente, qui ne perd jamais son lecteur.

Traits gras et pigments divinement crasses

Dead Letters_image 3MODECe récit respire la sueur et la graphite écrasée à plein nez. Certes, Chris Visions signe ici son premier comics, pourtant on sent déjà chez lui la patte d’un grand. Une narration graphique presque cinématographique, un trait dynamique et gras, des couleurs sombres et puissantes… Dead Letters est un petit bijou et tranche avec les dessins à la ligne claire et les aplats qui font le style comics habituellement.

On sent immédiatement que Chris Visions nous vient du milieu du storyboard et du jeux vidéo. Le découpage de ses cases rappellent ceux de plans de caméra et la force de son trait est similaire à l’énergie que dégagent les artworks vidéoludiques. Cela sans évoquer la qualité apportée à la couleur qui est d’un éclat sombre. Un détail qui nous plonge d’autant plus clairement dans le roman noir.

What’s next, doc ?

Ce premier tome de Dead Letters est rondement mené et doit cela à des choix malins au niveau de la narration et du scénario.

Le récit du protagoniste, perdu dans un purgatoire aux faux airs de Gotham City (en plus chatoyant), nous permet de découvrir à son rythme l’univers dans lequel va s’inscrire le comics et quels en sont les enjeux principaux. Pour autant, au sein de ce tour d’horizon, Christopher Sebela à l’intelligence de poser un récit avec un début et une fin définie.

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Au terme de Mission Existentielle, on tourne la page du prologue et on s’impatiente de pouvoir commencer le premier chapitre. Une belle idée scénaristique, puisque que, sans tomber dans l’écueil de la montagne d’informations imbuvable balancée au lecteur pour lui poser les bases de son univers, l’auteur fait le choix d’une histoire en guise de préambule à son œuvre dans son intégralité. Un choix judicieux, puisque la fin clos un récit pour mieux s’ouvrir sur une multitude de scénarii possibles.

Amateurs de roman noir en quête de renouveau du genre, amoureux de comics au style graphique intense, le Cerveau vont conseille chaudement cette Mission Existentielle, premier tome de la prometteuse série Dead Letters, de Christopher Sebela et Chris Visions, édité par Glénat. Un ouvrage qui saura, en plus de vous tenir en halène, ravir vos mirettes. Et vous savez combien le Cerveau tient à la prunelle de vos yeux.

Crédit image : ©Glenat

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