The Art Factory loves its Riot Girls – Brainterview

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Le Cerveau est allé à la rencontre des Riots Girls, “filles cachées de Clovis Trouille”, Maya McCallum, Anne van der Linden, Céline Guichard & Nadia Valentine à la Art Factory.

Iconoclastes, rebelles, irrévérencieuses, subversives, contestataires… bien des mots ont été et seront utilisés pour définir ces quatres artistes ; Maya McCallum, Anne van der Linden, Céline Guichard et Nadia Valentine ; en exposition à la Art Factory qui fait rayonner la rue de Charonne par sa capacité à proposer au public des exhibitions puissantes et originales.

Deux peintres, deux dessinatrices, quatres femmes au style tantôt burlesque, tantôt coup de poing, où le surréalisme côtoie sans peine des sujets d’actualités brûlants autant que des questions sociales profondes qui, au delà de notre époque, restent intemporelles.

IMG 1Sexualité, religion, féminisme et politique ; vous êtes prévenus : rien ne sera laissé au hasard. Les tabous sont autant de verrous qui sautent au travers d’expérimentations graphiques fortes, émancipées de tous les codes traditionnels du monde de l’art. Et si la plume ou le pinceau s’imprègnent chacun du style de leur auteure, ils sont pourtant mué par la même envie : celle d’exprimer leur propre vision du monde et de ses travers, sans limites, sans obstacles autre que leur vaste imagination visuelle.

Disparates dans leurs techniques mais unies par la même volonté de s’exprimer librement sur des sujets qui les touchent – et nous touchent – à bien des niveaux, ces Riots Girls sont, encore jusqu’au 8 Octobre 2017, mise en avant au travers d’une exposition où leurs styles se retrouvent, s’interpellent et se répondent dans un concert virtuose et sans pudeur. L’occasion rêvée de s’offrir un voyage visuel diversifié dans l’univers d’un Art original, loin des codes et porté par des femmes engagées et explosives.

Mais puisque derrière la toile il y a l’artiste, le Cerveau, pour vous mettre en jambes, vous propose de découvrir plus avant ces quatres femmes aux caractères et aux pinceaux bien trempés !

Chez Brain Damaged, nous avons l’habitude de commencer nos interview par une question récurrente : qu’est-ce qui, dans votre vie et parcours artistique, vous a « brain damaged » ?

Céline : Les choses mortes, les animaux morts, la viande, les carcasses, les têtes coupées de veau de poulets, le sang, mais aussi la sexualité des animaux et des humains… parce que mon père était boucher et mes grands-parents maternels agriculteurs. Et la nature, j’avais la liberté d’aller et venir dans la campagne, avec comme terrain de jeux,  les collines, les ruisseaux, les chemins, les champs, les bois.

Anne : La montée hormonale de l’adolescence, je suis passée d’un état d’enfant bonasse et rigolarde, à une ado sur-angoissée, en surcharge pondérale, et auto destructrice. Après c’est les mecs, avec qui je crois que j’ai battu tous les records de galères. Niveau parcours artistique,on peut dire que c’est un passage aux beaux arts de paris qui m’a gravement “brain damagée” ça a été le coup d’arrêt à ma créativité. J’ai dû tout reconstruire, ça a mis du temps (j’ai pas fini d’ailleurs !)

Maya : Hun ! Pourtant, je vais chez la psy ! Mais là … je prends un joker et j’y reviens plus tard !

Nadia : Ola, il y en a beaucoup, il faut que je choisisse dans tout ce merdier ? haha ! Si, il y en a bien un récent. En 2005, on a vu réapparaître des affiches bananières sur les murs de France. C’était très choquant. On ne s’inquiétait pas trop et là, boum … Oh Marine ! Ce sont des histoires qui traînent depuis longtemps, qui grimpent en fond et qui nous mène là.

L’association Clovis Trouille est partenaire de cette exposition Riot Girls : quel rapport artistique avez-vous avec cette figure de la peinture anti-clérical, anti-militariste et hors normes, aux frontières du surréalisme ?

Céline : Artistiquement parlant, je n’ai a priori pas trop de rapport avec la peinture de Clovis Trouille, mais, peut-être que je partage avec lui un certain humour, le goût du grotesque, et même une fascination pour les nones que je ne représente pourtant jamais ! Ha Ha !

Anne : Je connaissais peu avant d rencontrer Henri Lambert son petit fils qui est à l’origine de cette expo. L’anarchisme de Trouille, sa subversion, la libre combinaison entre sexe et  mort me parlent évidemment. J’aime bien ses couleurs aussi.

Maya : Je pense que les univers que chacune d’entre nous développe peuvent entrer en écho avec l’oeuvre Clovis Trouille dans le sens où tous sont engagés et dans une figuration contemporaine très personnelle. Lui était antimilitariste, anticlérical, il dénonçait des choses très fortes. Par ailleurs, il était aussi un peu érotico-surréaliste figuratif, psychédélique avant l’heure, une facette où je trouve plus facilement un lien avec mon travail – en toute modestie. Le fil conducteur, la parenté est intéressante, comme s’il avait créé une espèce de descendance d’enfants terribles – quatres “nenettes” de surcroît ! – dont les expressions sont très diverses. J’ai vraiment eu l’occasion de me plonger dans son travail avec cette expo, et je me suis rendue à l’évidence qu’il était … un peu barge. Comme nous !

Nadia : J’ai découvert Clovis Trouille à l’occasion d’une exposition à laquelle je participais à la Halle Saint Pierre : j’y ai fait la connaissance de Henri, son petit fils, qui s’est montré intéressé par mon travail. Je me suis plus penchée sur son oeuvre à ce moment là et il est vrai que je suis dans une mouvance qui s’en rapproche. Dans cette expo, il y a le groupe des dessinatrices, Maya et Céline, qui viennent plus de l’univers de la Art Factory, et le groupe des peintres affiliées à l’association Clovis Trouille, Anne et moi-même. Ce sont des travaux différents, mais qui vivent ensemble.

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On donne beaucoup de qualificatifs à votre art : on le dit subversif, iconoclaste, surréaliste ou encore contestataire. Comment le définiriez-vous vous-même ?

Céline : J’ai un univers visuel protéiforme, avec des évocations baroques, du grotesque roman, du fantastique XIXe, du surréalisme bien sûr et même des influences du Comics et de l’imagerie punk rock des années 80… Pour définir le résultat de tout ça, je n’sais pas trop…

Anne : Un galeriste parlait  de romantisme punk à propos de mon travail, je trouve ça bien.

Maya : Je pense que tout c’est qualificatifs sont possibles. A partir du moment où tu crées quelque chose,  tu en es dépossédé dans le sens où, quand il y a une perception, on le reçoit et on l’interprète. Après, personnellement, il y a dans mes dessins quelque chose de très impératif qui m’empêche de me pré-qualifier. Je ne vise pas une création contestataire ou subversive, mon travail s’impose à moi. J’imagine le monde dans lequel je vis, ou duquel je veux m’échapper.

Nadia : De mon côté, j’ai un propos, je décide d’une idée que je mets en scène, ce qui donne à mon travail un caractère revendicatif, engagé, moins poétique ; en tout cas sur mes productions actuelles. Mes peintures sont de l’information, elles sont un constat de notre société que je traduit à ma manière : s’il y a des ossements retrouvés sur des plages en Martinique, cela pourra faire un tableau. J’informe, je fais un reportage, mais la réalité est parfois tellement trash qu’on pense qu’il y a de la revendication derrière. Les gens meurent en mer méditerranée, ce n’est pas une invention de ma part. Du reportage pictural peut être ?

 

Vous sentez-vous « riot girl » dans l’âme ?

Céline : C’est facile de l’être dans l’âme, dans la vie c’est autre chose ! Mais oui à mon niveau.

Anne : Bien sûr, même si j’ai l’âge de leurs figures tutélaires, Lydia Kunch par exemple, mais oui, je me reconnais dans leur féminisme, leur pratique du fanzinat,  leur lien avec un esprit punk rock, leur combat pour s’imposer dans un milieu (musical pour elles ) occupé par les hommes. Dans le monde de l’art « underground » que je fréquente beaucoup, les hommes sont aussi majoritaires, une fille  artiste pour être acceptée doit être la copine de…ou alors très bien gaulée. sinon c’est la lutte.

Maya : Je me reconnais dans cette idée en tout cas. Et je pense que, malgré des disparités formelle, il y a définitivement quelques choses entre nous quatre qui n’est pas simplement tiède. Nos travaux sont tranchés, on de gros partis pris dans des sensibilités diverses. Les Riot Girl, ça m’évoque ce côté “coup de poing” et “powerfull”.

Nadia : Je suis assez d’accord avec Maya, on se retrouve toutes assez bien et chacune à notre manière dans cet aspect fort et revendicatif.

On parle souvent de la place de la femme dans la société : et dans l’art ? Celle-ci a-t-elle suffisamment évolué selon vous ?

Céline : Y’a toujours des choses à améliorer. Personnellement je n’ai pas rencontré trop de problème de misogynie dans le milieu de l’Art J’ai souvent été sollicité par des éditeurs et galeristes « hommes » et je n’ai pas franchement eu de problèmes particuliers. Je n’ai pas eu l’impression d’être traité différemment d’un homme, par exemple. En même temps, j’attends d’un partenaire professionnel qu’il me considère comme artiste avant de se préoccuper de mon sexe.

Anne : Pas assez non, il reste une sorte de timidité, une volonté d’être dans la norme, même si c’est la norme de l’art contemporain, donc beaucoup d’artistes femmes sont conceptuelles, ou photographes, il y a  peu de tripatouilleuses de matière (peintres, dessinatrices). Les femmes devraient renoncer à la propreté. Et ça arrange bien les hommes qui voient dans les femmes artistes un facteur de déstabilisation et une concurrence.

Maya : Il y a une sous-représentation certaine, et ayant également évolué dans le milieu de la musique, c’est un peu le même constat : on n’y est pas. Pas encore. Je n’ai pas forcément une vision exhaustive du secteur artistique aujourd’hui, mais je m’en rend bien compte. Je me souviens des interviews d’artistes contemporaines qui disaient ne pas avoir accès à une reconnaissance dans le milieu. Alors, est-ce qu’il y a moins de femmes dans l’art, ou est-ce qu’elles sont simplement moins représentées, faisant face à un verrouillage masculin… bonne question. Ce qui est sûr, c’est que ça ne touche pas seulement le monde de l’art, malheureusement. Tout le monde est d’accord intellectuellement, mais rien n’a encore bougé !

Nadia : Simplement, je ne vois pas beaucoup d’artistes femmes. Elles devraient être de plus en plus nombreuses avec le temps, mais ce n’est pas le cas. Certes, les femmes sont de plus en plus nombreuses à investir les arts graphiques, mais se dirigent plus vers la photographie ou la vidéo, moins vers la peinture ou le dessin. Oui, il y a des filles qui peignent, la question n’est pas là. Le produit, le message véhiculé importe : c’est peut être idiot, mais des nanas qui a des “couilles”, de la force dans leurs peintures, il n’y en a pas tant que cela je trouve. Elles sont cantonnées à un certain type de productions.

fdsY a-t-il une phrase, une citation ou même une image qui vous viendrait spontanément à l’esprit pour définir votre art ?

Céline : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’angoisse, tout passe » citation de Sainte-Thérèse… Ha ha ha ! Mais c’est pour ma vie plus que pour la pratique artistique.

Anne : Je préfère citer : tout récemment à propos de cette expo Riot girls on a évoqué mon travail comme étant du Rouault mythologique. Ca m’a fait rougir de plaisir !

Maya : Je pense à un dicton anglais, “a change is better than a rest” – le changement est meilleur que le repos. Normalement, cette expression s’applique plus dans un cadre de départ en voyage : il est mieux de partir que de rester chez toi. Mais je trouve que ça peut très bien s’appliquer au domaine de la création, à ses propres mouvements et au fait de ne jamais rester dans les zones de confort et, au contraire, de prendre des risques et d’expérimenter à sa manière.

Nadia : Vivons heureux, mais surtout, ne vivons pas cachés. Le monde doit nous voir.

Qu’est-ce qui a conduit vos pas vers l’expression plastique ?

Céline : Depuis toujours, dès la petite enfance, c’est mon remède à l’ennui.

Anne : Un bon prétexte pour rester seul chez soi, et le goût de me raconter des histoires, de vivre dans mon monde à moi.

Maya : De mon côté, j’ai un parcours un peu différents de mes acolytes ici présentes ! De manière intensive et immersive, cela ne fait que depuis 2014 que je suis dans le dessin. Je dessine depuis toujours, mais je n’avais pas forcément une proposition précise. Je dessinais, c’est tout. Et, d’un coup, j’ai eu besoin de diriger ma création vers quelque chose de nouveau et de plus précis dans mon esprit. Et voilà ! Il est là le “brain damaged” ! Je l’ai trouvé : c’est cette année 2014 ! Et depuis, mon travail ressemble à un vomito de névropathe obsessionnelle. C’est venu d’un coup et très fort. Et boum.

Nadia : Pour moi, le début de mon rapport à l’art se trouve, étonnement, dans les livres d’Histoire. En Martinique, il n’y avait pas de musées, l’accès à la peinture n’était pas évidemment. Ainsi, mon déclic s’est fait avec les seuls endroits où je pouvais voir de l’art : les livres d’histoires. J’ai donc essayer de reproduire, l’apprendre. Les peintures dites “classiques” racontent énormément de choses, la grande Histoire et la petite Histoire en même temps. C’est ce que j’ai voulu faire : raconter les grands événements, mais aussi les histoires de la vie quotidienne, de la société que l’on connaît mais celle aussi qui est en banlieue (en banlieue de la France Métropolitaine j’entends).

Vous êtes plus pour affirmer, ou pour dénoncer ?

Céline : Je suis clairement plus dans l’affirmation que la dénonciation.

Anne : Affirmer, affirmer, la dénonciation vient par déduction.

Maya : Forcément j’affirme, puisque je propose. évidemment, j’espère que les choses qui me touchent et que je traduis dans mes dessins vont faire leur chemin, mais je n’ai pas pour autant une narration dirigée. Même si on peut facilement retrouver des éléments comme la crise des réfugiés dans mon travail, ou l’image d’un Christ transgenre. Cependant, je n’ai pas le sentiment de dénoncer. Plus de questionner.

Nadia : Vu mon expression picturale, le terme dénoncer vient spontanément. Mais je pense que je parviens à faire les deux en même temps dans la mesure où mon travail à vocation à informer les gens sur des choses qu’on ne dit pas forcément dans les médias, ou pas assez. Je pense que, nous quatre, avons ce soucis, au delà de la dénonciation et de l’affirmation, de raconter la société.

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