The Beauty : Une série « body-horror » qui manque de substance

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2.5

Critique des premiers épisodes de The Beauty, nouvelle série de Ryan Murphy qui continue dans la provocation et la satire via le body-horror.

Ryan Murphy est inarrêtable et propose une nouvelle série : The Beauty. Une série de « body-horror » qui n’est pas sans rappeler un film récent, The Substance, mais qui aborde les sujets de la beauté différemment et manque justement d’une certaine substance.

Qu’on ne se méprenne cependant pas, The Beauty n’est pas une copie de The Substance. La série est basée sur une série de comic books par Jeremy Haun et Jason A. Hurley, publiée en 2015.

La bande dessinée originale suit deux inspecteurs enquêtant sur une maladie sexuellement transmissible qui rend les personnes infectées physiquement magnifiques, mais qui s’avère finalement mortelle en raison de ses effets secondaires.

La série The Beauty démarre sur les chapeaux de roue, et pas du genre sulfureux auquel on pourrait s’attendre de la part du créateur Ryan Murphy. Le sexe est certes au cœur de l’intrigue, mais la scène d’ouverture l’éclipse avec un événement sanglant et explosif qui met en place le ton macabre à venir, dans la quête d’une prétendue « perfection ».

A la recherche de la perfection

Honnêtement, personne ne regarde ce « Beautiful Pilot » en s’attendant à de la profondeur ou de la rigueur. L’attrait de la série réside dans les situations grotesques et extrêmes qui se mêlent aux répliques de mannequins et au mystère inquiétant qui se trouve au centre de l’histoire.

Ce mystère est porté par Evan Peters et Rebecca Hall qui incarnent Cooper Madsen et Jordan Bennett, deux agents du FBI qui ressemblent beaucoup à Mulder et Scully (si Mulder et Scully couchaient constamment ensemble dès le départ) et qui sont envoyés aux quatre coins du monde pour enquêter sur ces morts étranges et sur l’arme biologique qui semble être liée à ces porteurs du virus.

Le duo fait preuve ici d’une grande présence à l’écran, conservant leur sérieux même lorsque l’histoire devient de plus en plus absurde. Par moments, on a l’impression que ces personnages sortent d’une autre série et ont été propulsés dans cet univers entre American Horror Story et Nip/Tuck.

Si Evans Peters a presque été utilisé ad nauseam dans les séries de Murphy, il est ici une bouffée d’air frais car il est aux antipodes de ce qu’il joue d’habitude dans ces séries. Son personnage est beaucoup plus humain et rappelle l’agent qu’il jouait dans Mare of Easttown.

Nip/Tuck en 2026 ?

Les plus anciens se souviendront de la série Nip/Tuck de Murphy qui déjà, en 2003, abordait ces thèmes de beauté, de chirurgie esthétique et de perfection physique à tout prix. Mais Nip/Tuck, dans sa provocation (parfois borderline on le conçoit), parlait de vrais sujets, repoussait les limites et faisait vraiment réfléchir. Avec The Beauty, Murphy revient sur ces thèmes, mais fait dans la provocation sans véritable introspection.

Cependant, contrairement à All’s Fair, la série précédente de Murphy encore plus vulgaire, ce mélange de kitsch et d’art (plus ou moins) sérieux se transforme en quelque chose d’indéniablement divertissant, même si l’approche peu subtile de Murphy concernant les discussions autour de la beauté suscitera inévitablement des réactions négatives.

Mais peut-on prendre cette série au sérieux quand des personnages poussent la caricature au point d’être nommés la Corporation (Ashton Kutcher) et l’Assassin (Anthony Ramos) ? On se croirait presque dans une parodie de James Bond avec Ramos et son bandeau de pirate.

Souffrance et complexe

The Beauty est censée montrer que l’élite, malgré sa beauté, est tout aussi complexée que n’importe qui d’autre, et même plus encline à corriger ses moindres imperfections. Au lieu de cela, la série tombe dans une sorte de zone d’étrangeté, ses idées se perdant en cours de route.

Comme toute série signée Ryan Murphy, on y trouve des scènes d’une platitude affligeante, de véritables pertes de temps et des manifestations flagrantes de vanité, mais aussi de brefs éclairs de génie qui parviennent à nous captiver et nous donnent envie de voir la suite, même si l’on sait pertinemment qu’on ne devrait pas. C’est tout à fait approprié pour une série qui traite de la perfection superficielle, de la soumission à la pression sociale et du choix de la facilité. C’est typique des séries du créateur qui a le don de rendre ses séries addictives même quand elles ne sont pas exceptionnelles.

The Beauty est en fin de compte une manière tape-à-l’œil, excessive et outrancière d’exprimer le message central de la série, à savoir qu’ « il faut souffrir pour être beau/belle ». Mais doit-on utiliser des moyens aussi extrêmes ? La vraie leçon à tirer est que l’imperfection fait la beauté de chacun et qu’il n’y a pas de raison de se faire autant souffrir.

Les trois premiers épisodes de The Beauty sont disponibles sur Disney+, le reste étant dévoilé à raison d’un épisode par semaine chaque mercredi.

Crédit ®FX/Hulu/Disney+

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