Stranger Things saison 5 : Un naufrage abyssal pire qu’on imaginait ! (spoiler)

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Critique. Après huit ans d’attente et de promesses, les frères Duffer livrent un final catastrophique qui enterre définitivement l’héritage de leur série culte. Stranger Things saison 5 le grand final : Autopsie d’un désastre annoncé

Il fallait le voir pour le croire. Stranger Things, la série qui avait marqué Netflix en 2016 avec sa recette parfaite, entre l’hommage aux années 80 et le mystère surnaturel avec une véritable authenticité émotionnelle, vient de s’achever sur l’un des pires finaux de l’histoire des séries télévisées.

Pire, c’est le bon mot. Ce qui était censé être le bouquet final d’un phénomène culturel, d’un véritable tournant de la pop-culture à sa sortie, se révèle être une agonie en trois temps avec un final qui sent l’absence totale de vision créative.

L’écriture du désespoir

Les raisons de ce naufrage : l’écriture. Une écriture peu inspirée et sans réelle créativité, qui emprunte sa formule encore et encore, jusqu’à la moelle dans ce final de saison. Une écriture vide, sans âme sans enjeux, sans… réel but.

Les frères Duffer ont manifestement épuisé toutes leurs idées quelque part entre la saison 1 et la 2, et ça se voit douloureusement. Peut-être qu’ils n’imaginaient pas que le phénomène marcherait autant et qu’ils iraient au-delà, avec une pièce de théâtre à la clé, et des spin-offs, histoire de bien saigner la licence.

Deus ex-machina… à s’en gaver !

Et ce final en est la preuve. Si parfois pour résoudre une intrigue, l’on peut faire appel à des outils scénaristiques faciles afin de mettre en place une résolution correcte, ici, l’épisode accumule les deus ex-machina comme d’autres collectionnent les figurines Pop.

On nous promettait des morts et des pleurs, en lieu et place on termine la dernière séquence de cet épisode dépité. Dépité par ce qu’on a pu voir, mais surtout la belle perte de temps passé à suivre une histoire qu’on nous regurgite encore et encore.

On nous a gavé à Noël avec l’acte 2 et ses plans expliqués avant d’être mis à exécution à chaque épisode, pour au final ne pas se dérouler comme prévu, et finir par un deus ex-machina qui sauve tout le monde. Et dans ce final on reprend les mêmes et on recommence. Ad nauseam.

On est tellement rodé à la formule qu’on est anesthésié, prédisant chaque évènement, de l’animation du flagelleur mental à Nancy en mode Rambo bad-ass féminin, jusqu’au sacrifice d’Eleven.

Rien n’étonne, rien ne bouscule. Et si dans l’acte 2 on avait perdu plus de 20 minutes assis à entendre Will faire son coming-out en mode conférence de presse face à ses proches, ici, on passe près d’une heure à voir les supposés survivants… tout le monde sain et sauf, vivre leur meilleure vie et préparer leur avenir. Alors que le combat final, celui qui était censé nous laisser scotché à notre téléviseur, apeuré à l’idée qu’un des enfants que nous avons connus nous quitte, est bazardé en moins d’un quart d’heure.

Une série n’est pas une campagne D&D

Peut-être que les Duffer ont oublié qu’on n’écrit pas une série comme on écrit une campagne de roleplay.

Oui, Stranger Things a toujours été un hommage à la narration de roleplay, au jeu Donjon & Dragon qui leur a donné le goût de raconter des histoires. Mais une série n’est pas juste une succession de batailles, de moments d’actions mémorables et de stratégie avant les combats avec des sorts, pouvoirs et autres jets de dés, pour qu’elle fonctionne. Une série a besoin d’enjeux humains, de moments forts, de surprise, de comédie et de drame… à l’image de la vie.

Surtout à l’heure ou le roleplay est devenu quelque chose de commun. Nous ne sommes plus dans une époque où ceux qui jouent à ces jeux complexes ne sont qu’une poignée d’érudits. Tout le monde connait le RPG. Et un spectateur n’est pas qu’un simple joueur en attente de savoir quel personnage va réussir son coup, qui va se découvrir des pouvoirs au bon moment, alors que l’on pensait que tout était perdu.

Ce qu’on souhaite c’est de l’émotion, de l’âme, de l’espoir, de la réflexion sur ce qu’on est en train de voir et ce que les personnages vivent. Une aventure au sens propre à laquelle on peut adhérer, s’investir… Pas un simple divertissement.

Zero enjeux, ni explications réelles

Et c’est bien le problème de cette dernière saison de Stranger Things. Les oublis narratifs ne se comptent plus, ils se mesurent en années-lumière. La relation Vecna-Flageleur mental ? Expédiée en un éclair. Pourquoi est il si puissant ? Mystère. Pourquoi l’Upside Down réagit-il soudainement différemment aux mêmes stimuli que dans les saisons précédentes ? Pourquoi l’Upside Down est coincé en 1986 ?

Pourquoi et comment cette pierre a-t-elle pu, telles les particules de l’abysse ou de l’Upside down, habiter Henry sur Terre ? Pourquoi 12 enfants précisément ? Où est Suzie ? Et le Dr Kay qu’on a vu que quelques minutes à chaque fois ? Pourquoi il n’y a aucun monstre dans l’abysse alors que les demo-chiens, gorgons, demo-chauves-souris sont sensés venir de là ? Les russes ont disparus ? Pourquoi…. C’est tout ce qui nous reste en fin de visionnage à la bouche.

Paresse narrative

De la paresse scénaristique, un manque de créativité ? Une écriture automatique (ou pire IA) ?  Tout est résolu de manière mécanique et prévisible, qu’on a l’impression de regarder une intelligence artificielle mal promptée écrire une fan-fiction. Les personnages sont des pions déplacés selon les besoins du scénario comme le ferait un game-master. Aucune décision n’a de conséquence réelle, aucun sacrifice n’a de poids émotionnel. De simple jets de dés.

Des jets que l’on retrouve dans la séquence finale de cet épisode, avec les quatre garçons et leur copine Max, finir sur une campagne de leur jeu préféré, qui reprend la conclusion de leur aventure. Une campagne qui permet d’offrir une fin ouverte au sort de l’héroïne sacrifiée de la série. Une fin que le spectateur peut interpreté à sa guise, comme si les Duffer n’avaient pas le cran d’écrire eux même une conclusion fermée.

Le vide émotionnel

Le véritable problème de cette saison finale de Stranger Things, trois ans après sa précédente, c’est l’émotion. Ou plutôt, son absence totale. Là où la saison 1 nous déchirait le cœur avec la disparition de Will et le désespoir de sa mère Joyce, l’attachement de Hopper pour Eleven et ce petit groupe d’ami un peu loosers mais intrépides, dans ce final, rien nous touche.

Pas une once de sentiments réels, de regrets, ou de tristesse. On a juste envie que ça se termine. Alors que le spectateur est censé être ému à l’idée de quitter une série dans laquelle il était investi depuis près d’une décennie, le final nous laisse planté devant Netflix… comme si on regardait une pub YouTube sans intérêts.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus d’enjeux réels. On sait que les personnages principaux sont intouchables, protégés par leur statut d’icônes pop-culture et de machines à produits dérivés. Même quand la série prétend nous faire croire qu’un personnage majeur est en danger, la mise en scène et la structure de la saison finale nous a prouvé que les créateurs de la série n’avaient aucunement envie de prendre des risques.

La fin aurait dû être déchirante. Elle tombe à plat comme une crêpe au sol. Les retrouvailles à l’école avec le discours de Dustin un an et demi après, étaient censés nous faire vibrer… résultat : « Meh… » ( oui on vient de caser un « meh » dans cette critique tellement les mots nous manquent pour décrire la vacuité de ce que l’on ressent devant ce final).

Certains spoectateurs ont à coup sûr consulté leur téléphone avec cet épilogue interminable. Un final désastreux, obligé de s’affliger après tout ce temps investi dans ce produit culturel, en espérant n’était peut-être pas perdu. Malheureusement c’est le cas.

Autopsie d’une dérive

Le plus tragique dans tout ça, c’est de constater à quel point Stranger Things a trahi son concept originel. La saison 1 n’était pas loin de la perfection. Une œuvre authentique de passionnés de cinéma qui racontait l’enfance : huit épisodes serrés, une atmosphère oppressante digne des meilleurs films de Carpenter, un mystère savamment distillé, des personnages authentiques ancrés dans une Amérique profonde. Du Stephen King rencontrant Spielberg, avec une dose de Donjon et Dragon.

La série était au fil des saisons devenue la vache à lait de son diffuseur. Une œuvre essorée et calibrée pour du marketing et des ventes de produits dérivés. Un parc d’attractions, sans cohérence avec des scènes d’action interminables, des références aux années 80 balancées à tout va, avec des effets spéciaux peu aboutis, cachés par une colorimétrie à coup de néons bleu et rouge et de musique pop calculée pour devenir une trend TikTok.

Culture du vide

Cette saison 5 pousse le vice jusqu’à transformer l’Upside Down en simple décor de bataille finale, évacuant tout le mystère lovecraftien qui en faisait son sel. Vecna n’est plus une menace cosmique incompréhensible, juste un méchant de blockbuster avec des motivations simplistes.

L’horreur psychologique cède la place au spectacle pyrotechnique, alors qu’il avait le potentiel d’un vilain légendaire, ce dernier aura péri par le vide de son écriture et de ses enjeux. Des enjeux que certains fans hardcore défendraient avec la pièce de théâtre inspirée de la série, expliquant les origines d’Henry Crill. Une pièce que de millions de spectateurs ne verront jamais, pierre de touche de cette fin. Quelle absurdité.

Pire que Game of Thrones

Un final qui est bien pire que celui de Game of Thrones. Oui, vous avez bien lu. Jusqu’ici, la saison 8 de la série inspirée des romans de G.R.R Martin représentait l’exemple ultime du bâclage, le traumatisme collectif de toute une génération de sériephiles.

Mais au moins, même dans son naufrage, Game of Thrones conservait une certaine audace dans ses choix (aussi stupides soient-ils). Au moins, il y avait des conséquences, même mal amenées et bazardées dans une rapidité déconcertante. Le rythme était ce qui avait saboté la narration, qui avait certaines bases solides.

Stranger Things saison 5 n’a même pas ce courage-là.  On nous a offert un final qui joue la carte de la sécurité absolue tout en prétendant être osé. Aucun risque narratif, aucune vraie surprise, juste une succession de cases cochées pour satisfaire les attentes les plus basiques d’un public simple.

Pire, on peut même imaginer que les créateurs de la série ont pris leur spectateurs pour des benêts qui se contenteraient de ce qu’on leur propose. Quelle mauvaise idée.

L’autre différence ? Game of Thrones nous avait tous mis en colère. Stranger Things, elle, nous laisse juste… indifférents et fatigués d’être pris pour des cons. Et c’est peut-être pire. La colère prouve qu’on s’investissait encore émotionnellement. L’indifférence, c’est la mort d’une œuvre. On est même heureux que ça se termine.

Netflix, fossoyeur de séries

Le vrai coupable dans cette histoire, au-delà des créateurs de la série, c’est Netflix. Stranger Things illustre parfaitement la stratégie criminelle de la plateforme : transformer une œuvre culte en vache à lait jusqu’à l’épuisement total. Quatre ans entre la saison 4 et la 5, des épisodes qui s’allongent démesurément (deux heures pour certains, sérieusement ?), un découpage artificiel en trois parties pour maximiser les abonnements… Le profit avant l’œuvre culturelle.

Netflix sera désormais connu pour être le diffuseur qui sait tuer ses séries à concept dans un but purement marketing et financier. On l’a vu avec Mercredi, ou The Umbrella Academy qui s’est perdue après la saison 2. Avec Squid Game qui s’étire inutilement, et l’affreuse The Witcher.

La plateforme préfère créer des monstres de séries, des hybrides de divertissement vide et sans intelligence, plutôt que de laisser les créateurs écrire dignement leurs œuvres comme ils l’entendent, avec le bon rythme, au bon moment. Stranger Things aurait dû s’arrêter après la saison 2. Et si vraiment l’on voulait jouer la carte de la rentabilité raisonnable : trois maximum.

Oublions tout ça

Au final, que reste-t-il de Stranger Things ? Une première saison qui restera dans les annales comme l’une des meilleures séries de sa décennie, qui s’est poursuivie alors qu’elle n’aurait jamais dû. Un gâchis monumental d’un potentiel énorme, sacrifié sur l’autel de la rentabilité à court terme.

Les frères Duffer ont tué leur propre création, avec la complicité active de Netflix. Ils rejoignent le panthéon peu enviable des créateurs qui n’ont pas su s’arrêter ou qui ont raté leur fin, laissant derrière le souvenir d’une œuvre qui aurait pû être iconique.

Stranger Things saison 5, de son acte 1 à son final est devenu au même titre que ses sœurs en série de Netflix, un rappel brutal que l’industrie du streaming n’a aucun respect pour l’intégrité artistique quand il y a de l’argent à se faire.

Cette œuvre méritait mieux. Et disons-le : les spectateurs méritent mieux. Mieux que ce vide qu’on nous offre de séries en série, de film en film, étudiés, conçus et écris comme un bruit de fond pour les foyers qu’une série qui raconte une aventure, un mythe, une légende, qui inspire et créé quelque chose chez ceux qui la regarde.

On dit enfin au revoir à Stranger Things. Celle de 2016 pour de bon. La suite n’était qu’un long et douloureux épilogue commercial, tentons de l’oublier.

Stranger Things saison 5 est disponible sur Netflix. Ou pas. Honnêtement, épargnez-vous cette déception, et les 25 euros d’abonnement 4K à ce stade.

Crédit photos : © Netflix

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