Réalisation : Antoine Fuqua
Casting : Jaafar Jackson, Colman Domingo, Nia Long
Genre : Biopic, drame musical
Titre Original : Michael
Durée : 2h09
Pays : Etats Unis
Année de Production : 2025
Distribution : Lionsgate / Universal
Sortie en salle le En salles le 22 avril 2026
Le Roi de la Pop a enfin son grand biopic. Et comme souvent avec les rois, on vous montre la couronne mais rarement les cicatrices dessous. La critique du Cerveau
Michael Jackson, un monstre du XXeme siècle. Une star comme il n’en avait jamais existé et comme il n’en existera probablement plus. Un homme discret mais que tout le monde connaissait, au destin tragique, à la vie plus que rocambolesque et au talent fou.
Il aura fallu 17 ans pour voir arriver un film qui retrace la vie et la destinée de l’homme derrière des hits qui continuent toujours à animer les foules et ont bercé la jeunesse de plusieurs génération : Michael.
Des hits intemporels au rythmes et aux danses folles qu’aucun musicien n’arrive à égaler même aujourd’hui. Un film en deux parties, voulu comme la vérité autour du musicien, déjà disséqué sous tous les angles avant et depuis sa mort.
Un greatest hits habillé en film
Soyons directs : si vous avez regardé une dizaine de documentaires sur Michael Jackson au cours des vingt dernières années, et ce qui est fort probable, Michael ne vous apprendra rien.
Le film d’Antoine Fuqua suit la trajectoire classique d’un biopic musical contemporain, version quasi sanctifiée de l’homme assumée : l’enfance à Gary, Indiana, le père dominateur, les débuts aux Jackson 5, la gloire solo, les albums Off the Wall, Thriller et Bad, les performances mythiques reconstituées avec une précision maniaque.
Michael est un film visuellement impressionnant, avec une reconstruction millimétrée et musicalement enivrante mais il est malheureusement narrativement aussi audacieux qu’un best-of officiel. Le scénariste John Logan et Fuqua n’ont pas cherché à offrir quelque chose de nouveau ou complexe autour de celui que l’on surnommait le Roi de la Pop, si ce n’est offrir un revival de ses plus grands moments de carrières, avec très peu d’introspection sur la vie solitaire et difficile de l’homme derrière la star.
Pur Hollywood
Le film s’arrête volontairement au Bad World Tour de 1988, avant que les premières accusations d’abus sexuels sur mineurs ne surgissent en 1993. Si à l’origine le film voulait se conclure sur ces affaire, il a été repoussé et révisé pour être une version plus clean sans éclaboussures sur la genèse du monstre de la pop et son talent unique pour le show.

Un découpage a le mérite de la cohérence chronologique. Il a aussi l’avantage d’éviter tout ce qui serait inconfortable à traiter pour une production avec les représentant de l’Estate Jackson qui pourrait ternir le business autour de la star décédée. Une décision compréhensible mais pas courageuse, que la fille et la sœur de Michael Jackson dénoncent comme du pur Hollywood fantasmé loin de la réalité.
L’enfance effleurée, la psyché esquivée
C’est là que le bât blesse surtout pour un film signé Fuqua, un réalisateur qu’on associe à une certaine brutalité psychologique depuis Training Day. La violence de Joe Jackson sur ses fils, le conditionnement que Michael a subi depuis l’âge de cinq ans, la façon dont l’enfant prodige a appris à performer à la place de vivre, dans la douleur et le peu d‘échappatoire comme son obsession pour Peter Pan, sa sensibilité particulière et amour de la performance malgré tout. Tout ça est dans le film, mais on reste en surface.
On nous montre les répétitions forcées, les humiliations, les moqueries sur le physique de Michael (notamment son nez qu’il a fait refaire), on effleure son vitiligo, et même son accident sur le tournage de la pub Pepsi.

Mais on ne nous montre pas vraiment les véritable méfaits psychologiques d’une vie comme la sienne. Les zones d’ombre, comme l’addiction aux médicaments, la dysmorphie corporelle, le rapport à l’enfance qu’il n’a jamais eue, sont certes mentionnées, comme des cases cochées, mais non comme des vérités explorées d’un point de vue humain.
On s’attendait pourtant qu’on creuse exactement ça, mais le film fait plus office de récap de sa carrière sous dimension dramatique que réflexion sur la machine à broyer d’une industrie qui a fait de Michael un monstre des temps modernes.
Deux performances qui sauvent l’âme du film
Ce qui rattrape le film, par contre, c’est son casting. Jaafar Jackson, 30, le neveu de Michael, fils de Jermaine, fait ici sa première apparition à l’écran. Il est une révélation quasi irrationnelle.
La ressemblance physique est troublante, les mouvements sont d’une précision folle, du sourire à la voix jusqu’au regard, le jeune homme est et vit Michael, comme une résurrection. Mais ce qui surprend vraiment c’est la délicatesse avec laquelle il rend la fragilité de son oncle. Il ne l’imite pas complétement, il l’habite. Pour une première performance, Jaafar est bluffant, il a effectué le travail plus que suffisant pour tenir le film entier sur ses épaules quand le scénario se dérobe sous lui.

Le jeune Juliano Valdi, qui incarne Michael enfant, est tout aussi renversant : un gamin qui porte le film à bout de bras pendant son premier acte avec une aisance et douceur enfantine qui rappelle qu’on ne fabrique pas ce genre de naturel. Le duo constitue l’un des tandems enfant/adulte les plus réussis du genre depuis longtemps, pour un film qui offre un minimum de douceur si ce n’est de la profondeur autour du chanteur.
L’affreux Joe
Quant à Colman Domingo en Joe Jackson : méconnaissable sous le maquillage et la perruque, il incarne la menace paternelle avec une présence qui écrase chaque scène où il apparaît.
Son Joseph est un homme qui a confondu l’ambition et l’amour toute sa vie, et Domingo le rend compréhensible sans jamais le défendre. C’est le meilleur personnage du film peut-être parce qu’il est le seul que le scénario autorise à avoir des contradictions, de la rondeur et une vraie humanité. Michael étant plus présenté comme un Saint de la Pop, qu’un homme avec ses défauts et zones d’ombres.
Réalisation classique aux décors et costumes irréprochables
La réalisation de Fuqua est solide et fonctionnelle, sans jamais être formellement audacieuse. Il traverse les époques avec minutie, soigne ses reconstitutions de concert avec une application au détail (les vidéos existantes il se devait d’être au plus proche de la réalité) et pilote ses séquences musicales avec l’énergie qu’on lui connaît.

La direction artistique et les costumes sont remarquables : chaque période de la vie de Michael est restituée avec une attention au détail qui ravira les fans : de l’uniforme scintillant de la Motown aux blousons perfecto de Bad. Le film a les moyens de ses ambitions visuelles, et il les utilise bien.
Les effets visuels sur les séquences de concerts, les foules reconstituées numériquement, sont correcte mais pas le plus fort dans ce domaine.
On veut le film que Fuqua n’a pas osé faire
Une partie II est en développement, et c’est là que tout se jouera vraiment. Si le premier film était le récit de la construction d’une icône, d’un artiste hors du commun à la vie toute aussi peu commune, le second devrait assumer sa déconstruction.
Les années Neverland. Les accusations. Leaving Neverland. Les procès. La métamorphose physique et la lente disparition d’un homme dans son propre mythe. Les effets d’un système et industrie qui broie ses artiste après les avoir sanctifiés. Il faudra que Fuqua choisisse entre le cinéma et la gestion d’image, ainsi que la narration. Entre le biopic qui célèbre et le biopic qui interroge, chose qui n’a pas été faite aujourd’hui.
Michael est un film indéniablement divertissant, bien joué, visuellement généreux et musicalement jouissif. On s’étonne de danser sur son siège sur les plus grands titres de la pop et de sourire face à au Michael de Jaafar. Qu’on ne s’y m’éprenne, Michael est plaisant à voir.
Il fait ce qu’un biopic grand public est supposé faire. Mais Antoine Fuqua est capable de bien mieux que ça et Michael Jackson méritait mieux que ça aussi. Il méritait un questionnement réel sur la vie et les conséquences de cette vie. La partie II est la vraie promesse pour plus d’introspection et de réflexion. On espère qu’elle aura le courage d’être le film que celui-ci a refusé d’être
Crédit photos : © UNIVERSAL/Lionsgate
























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