Critique de la saison 5 de The Bear qui se concentre sur l’essentiel et offre une fin satisfaisante pour cette série chaotique mais délicieuse.
The Bear, c’est fini. Après 5 saisons, la série culinaire de Christopher Storer récompensée à plusieurs reprises et brillamment portée par Jeremy Allen White et Ayo Edibiri, vient de dévoiler ses derniers épisodes sur Disney+.
Le final de la quatrième saison a vu les différents personnages s’invectiver au sujet de leurs griefs respectifs, oscillant entre rage et sentimentalité empreinte d’émotion. Mais dans son ensemble, la saison 4 avait un peu déçu, perdant parfois le focus dans sa cacophonie. La série de manière plus posé mais toujours stressante avec le restaurant en danger de fermeture.

Fin d’une époque
Quel que soit son point de vue, difficile de nier que The Bear est l’une des séries qui illustrent le mieux le meilleur comme le pire de l’âge d’or des plateformes de streaming. Fruit de l’imagination du scénariste et réalisateur Christopher Storer, la série a toujours privilégié la richesse thématique et la mélancolie propre au cinéma indépendant plutôt que de chercher à plaire au plus grand nombre ou de recourir à des conventions scénaristiques éculées.
Elle a ainsi su naviguer sur cette fine ligne entre intégrité sans compromis et complaisance pour apaiser certains esprits. Une démarche rendue possible uniquement à une époque, désormais révolue, où les plateformes envisageaient d’investir massivement dans des séries d’auteur en leur laissant quasi carte blanche et surtout en leur donnant le temps de trouver leur public.

C’est l’une des raisons pour lesquelles cette cinquième et ultime saison de The Bear marque la fin d’une époque. L’autre raison tient au fait que la série domine le circuit des récompenses américaines depuis ses débuts en 2022 (elle totalise 21 Emmy Awards). Ce palmarès n’a pas été exempt de controverses : The Bear a systématiquement concouru dans les catégories « comédie », alors que, même si elle contient des moments d’humour délicieux, la série est loin d’être comique (un débat éternel).
Dernier service ?
La série fait vivre son récit final quasi en temps réel, avec les 7 premiers épisodes qui se déroule le même jour puis l’épisode final qui reprend au lendemain, servant d’épilogue. Tout au long de la saison, on a l’impression d’assister à ce qui pourrait bien être le tout dernier service du restaurant qui a du mal à remonter la pente financièrement.

Oncle Jimmy a coupé les vivres et Carmy a annoncé sa démission, laissant les rênes à Syd même s’il reste aider pour ce service ultime. Sydney s’efforce désespérément d’assembler les derniers ingrédients disponibles pour créer des plats capables d’éblouir une salle comble de clients enthousiastes, ainsi qu’un inspecteur du guide Michelin susceptible de décerner une étoile tant convoitée. Ce sera soit un échec pour ces employés acharnés, ou bien la preuve que l’établissement peut devenir suffisamment rentable pour survivre sans les fonds de Jimmy.
Au bord de la crise
Dès ses débuts, The Bear a fait sa place dans ce genre de séries « work place » angoissantes à haute tension : elle nous plonge dans un univers à la fois familier et étranger (ici, la cuisine d’un restaurant haut de gamme) où des professionnels hors pair communiquent presque exclusivement par un jargon technique tout en étant poussés dans leurs derniers retranchements (voir aussi : Industry ou The Pitt sur HBO Max). L’effet produit mêle stress et réconfort à parts égales, et cette saison finale porte ce paradoxe à son paroxysme.

Dans cette saison finale, tout ce qui peut mal tourner et susciter une angoisse insoutenable, finit par arriver : pluies torrentielles, problèmes de plomberie cauchemardesques (des canalisations vétustes recrachent un liquide immonde), accident de voiture, système de réservation défaillant entraînant une double réservation massive, plats qui tombent par terre, des clients qui prennent leur temps et bloquent les tables et des membres du personnel au bord de l’effondrement émotionnel. Résultat : lorsque l’équipe parvient à surmonter (la plupart de) ces obstacles, le soulagement ressenti est presque transcendant.
Par moments, l’atmosphère est empreinte d’une véritable angoisse et lorsque The Bear se fait trop sérieux, le visionnage peut s’avérer laborieux. C’est dans ces moments que son humour noir savoureux est le bienvenu, sans complètement briser un instant profond. L’aspect comique est sans conteste le point fort de cette ultime saison (qui semble vouloir prouver une bonne fois pour toutes que la série est drôle), qu’il s’agisse des délires absurdes Richie ou du reste du personnel qui tente tant bien que mal de réparer l’établissement qui tombe en ruines. Le résultat est encore meilleur lorsque tragédie et comédie fusionnent avec justesse.
Belle évolution
Dans son ensemble, la série est remarquable. Entre l’écriture soignée, la réalisation chiadée et un casting exceptionnel, The Bear a prouvé sa qualité dès le départ et continue pour ses derniers épisodes. Elle a montré que même dans le chaos, on peut atteindre l’excellence.
La première saison était absolument chaotique au point de faire suffoquer, mais donnant toujours envie de rester pour voir comment ce restaurant peut survivre alors que d’autres voient leurs portes se fermer les uns après les autres. (RIP Ever).

On observe une évolution intéressante partant d’une cuisine désordonnée dans la saison 1 qui a vu l’arrivée de Carmy et Sydney comme une menace, à un groupe qui reste certes légèrement dysfonctionnel, mais qui se fait une confiance presque aveugle.
La cuisine de The Bear reste chaotique, mais elle est désormais aussi un lieu de solidarité et de compassion qui fonctionne à sa façon. Sans trop en dévoiler, c’est une fin plutôt heureuse que l’équipe a bien méritée, tout comme les téléspectateurs qui sont restés fidèles à une série dont le refus d’édulcorer sa tonalité singulière a fini par payer (ou presque). Et s’il est triste de voir la série prendre fin, elle le fait en ses termes, sans s’éterniser et finir en eau de boudin.
L’intégrale de The Bear est disponible sur Disney+.
Crédit ©Disney+





















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