The Knight of the Seven Kingdoms : Retour en grâce touchant à Westeros

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4.5

Après visionnage des 6 épisodes de la saison 1 de The Knight of the Seven Kingdoms, dernier spin-off de Game of Thrones, le Cerveau vous propose sa critique de la saison 1 dans son entiéreté. Une grande réussite pour HBO.

HBO réussit à ressusciter la magie de Westeros avec son adaptation lumineuse de Le Chevalier errant L’Épée Lige, premier tome des Contes de Dunk et l’Œuf de George R.R. Martin ( Dunk & Egg) avec The Knight of the Seven Kingdom.

Six épisodes dans cette saison 1 de The Knight of the Seven Kingdom pour nous ramener un siècle avant le chaos de Game of Thrones à l’époque ou Maester Aemon était lui-même un jeune homme au service de la Citadelle et non à la garde de nuit.

Vent de fraicheur sur les 7 couronnes

Une série rafraichissante qui change de ton avec sa série mère Game of Thrones, pour une bouffée d’air frais qui réconcilie enfin les fans avec l’univers de Martin, après la décevante et verbeuse House of Dragon.

Quand on connait les aventures de Dunk & egg, Il y avait de l’espoir. Vraiment. Et pour une fois, cet espoir n’a pas été trahi. Après le naufrage stratosphérique de la saison 8 de Game of Thrones et le très (trop ?) calculé House of the Dragon, qui en saison 2 devenait anesthésiante, HBO nous offre enfin ce que l’on attendait depuis des années : un retour aux sources. A ce qui faisait battre le cœur de la saga, de la réalisation à l’écriture de cette saison 1 de The Knight of the Seven Kingdom.

La vie westerosi

Un retour aux sources moins spectaculaire et plus humain. Pas de spectacle pyrotechnique de dragons et de batailles grandiloquentes, ou de lentes joutes verbales et autres manigances politiciennes. Ici, on oublie les scènes d’amours interdits et d’incestes pour proposer quelque chose de bien plus rare et précieux : une histoire qui respire, qui prend son temps, qui ose être humaine, avec des valeurs bienveillantes et un duo de héros qui inspire et nous touche.

Une histoire plus intime, plus authentique, centrée sur deux personnages magnifiquement écrits : Dunk, un chevalier errant aussi naïf que loyal, et Egg, un gamin qui cache bien son jeu et qui aspire à d’autres horizons que son destin familial lui propose. Et miracle : ça fonctionne. Mieux : ça ensorcèle.

L’art de la simplicité retrouvée

Le premier coup de génie de The Knight of the Seven Kingdoms, c’est d’avoir compris ce que beaucoup ont oublié : Westeros n’a pas besoin d’être grandiose pour être fascinant.

Ce qu’on aime ou aimait dans Game of Thrones – notamment dans ses premières saisons -c’était ses personnages crédibles, ronds, imparfaits et humains. Des personnages fascinants qui nous dégoutaient autant qu’ils nous inspiraient. Les showrunners Ira Parker et Ryan Condal (oui, le même que House of the Dragon, mais en mieux inspiré cette fois) ont fait le choix audacieux de la retenue. Une retenue qui a dû être conseillée par l’auteur George R.R. Martin très impliqué dans cette série.

Série courte mais riche

Six épisodes. Pas un de plus. Aucun remplissage, aucune scène qui s’étire inutilement. Chaque minute compte, chaque dialogue porte, chaque plan respire une intention claire. On est loin, très loin des errements interminables des dernières saisons de Game of Thrones ou des longueurs calculées pour maximiser le temps d’écran de House of the Dragon. Ici on s’appuie sur le écrits de Martin pour proposer exactement l’histoire imaginée par ce dernier.

Une histoire inédite et inspirante, plus légère mais surtout plus drôle parfois. Un peu comme les séquences de partage et d’amitié entre Tyrion et Bron, ou Jon et ses accolytes. Ici, ce qui prime c’est d’être au plus proche des états de ces petits gens de Westeros, loin des manigances socio-politiques des nobles de cette terre, entre amitiés, allégeance, deuil, beuveries ou batailles.

Des valeurs positives

L’intrigue est d’une apparente simplicité : Dunk, fraîchement adoubé chevalier après la mort de son mentor, décide de participer au tournoi d’Ashford. En chemin, il recueille Egg, un gamin orphelin chauve et mystérieux qui devient son écuyer. Un écuyer facétieux et enjoué qui va accompagner ce chevalier d’honneur et valeureux dans sa quête de reconnaissance chevaleresque.

Mais derrière cette trame dépouillée se cache une richesse narrative autour de thématiques plus humaines et médiévales : enjeux de classe, loyauté, l’honneur, le respect, les valeurs de la chevalerie face aux nobles qui semblent l’avoir oublié.. Avec une vraie complexité morale qui faisait la marque de fabrique de Martin.

Peter Claffey y incarne Ser Duncan le Grand (Dunk pour les intimes) avec une justesse bouleversante. Aucune pose héroïque artificielle, aucun cliché du chevalier parfait. Dunk est maladroit, il doute, il se trompe, il est trop grand pour son armure récupérée, trop sincère pour ce monde de faux-semblants. Et c’est exactement ce qui le rend irrésistible. Il est un véritable héros avec des valeurs positives et bienveillantes et n’est pas en quête de prestige juste pour l’égo. Lui, il cherche à honorer ce que lui a transmis son maître durant ses années en tant qu’écuyer. Il en impose mais il est un vrai gentil. Rafraichissant dans le monde de coup bas westerosi.

Claffey parvient à incarner une dualité magnifique nécessaire au personnage  : un homme imposant physiquement avec une certaine empathie et fragilité touchante. Un guerrier capable mais perdu dans les codes d’une société qu’il ne comprend pas vraiment. Chaque scène où Dunk tente de naviguer dans les terrains de la noblesse est un petit bijou de malaise savoureux.

Petit œuf attendrissant

Dexter Sol Ansell, l’interprète d’Egg, est une révélation. À douze ans, l’enfant livre une performance d’une maturité stupéfiante. Son Egg n’est jamais agaçant, ni une simple mascotte ou un faire-valoir. Il est un personnage à part entière, avec ses secrets, son intelligence aiguisée, et une étrange sagesse des enfants qui ont vécu trop vite. Un gamin touchant et attendrissant avec qui le spectateur crée un lien quasi immédiat.

Un acteur exceptionnel qui possède une véritable alchimie avec son partenaire. Leur relation évolue naturellement d’une méfiance polie à une fraternité touchante, sans jamais verser dans le sentimentalisme facile. On croit à leur amitié parce qu’elle se construit scène après scène, dans les petits gestes, les regards complices, les silences partagés.

L’autre visage du Dragon

Dans cette première saison que le Cerveau a pu voir, ce qui frappe c’est la nuance que les scénaristes proposent concernant la grande famille qui a déjà eu droit à son spin-off.

Même si les Targaryen ne sont pas les héros de cette série, ils restent des personnages important que l’on découvre au fil des épisodes. Des personnages moins détestables que ce qu’on a pu voir dans House of Dragon et beaucoup plus humains, voire valeureux. D’Egg au roi Baelor, on aime voir ces Targaryen nobles et humains, notamment face à Dunk, rejeton de la plèbe, qu’ils ne manquent pas d’honorer.

Esthétique inimitable

La photographie de Catherine Goldschmidt baigne l’ensemble dans une lumière dorée, presque nostalgique, avec une vraisemblance médiévale plus proche de Game of Thrones. Westeros n’a jamais été aussi beau, aussi tangible et naturel. On sent la poussière des chemins, la chaleur étouffante des tournois, l’humidité des tavernes mal famées.

Les scènes de tournoi du quatrième et cinquième épisode sont un chef-d’œuvre de tension et de chorégraphie. Pas d’effets spéciaux tape-à-l’œil, pas de caméra hystérique et floue. Juste des combats filmés avec une clarté et une brutalité qui rappellent les meilleurs necessaire. Le focus ici n’est pas le spectacle à l’image mais bien ce que la mise en scène peut nous offrir sur les états des personnages à cet instant. Notamment celui de notre héros Dunk, si proche de la mort. On comprend chaque coup, on ressent chaque impact. Le danger est réel, les conséquences palpables.

Questions philosophiques

C’est peut-être là que réside la plus grande victoire de The Knight of the Seven Kingdoms : l’écriture. Ira Parker a adapté le matériau source avec une intelligence rare. Les dialogues sonnent juste, mélange de langage formel médiéval et d’humanité accessible. Jamais grandiloquents, jamais simplistes.

La série prend le temps d’explorer les thèmes chers à Martin : qu’est-ce que l’honneur dans un monde corrompu ? Comment définit-on la noblesse, par le sang ou par les actes valeureux ? Quel est le prix de la loyauté quand le système et ceux qui le font est pourri ?

Des questions qui trouvent leurs réponses dans des choix impossibles auxquels sont confrontés les personnages. Dunk découvre progressivement que le monde n’est pas aussi simple que ce que son vieux mentor lui a enseigné. L’honneur ne paie pas les aubergistes. La bravoure ne suffit pas face aux privilèges de naissance.

Rebondissements et action

Le cinquième épisode, qui se concentre sur le procès des Sept, est un sommet d’écriture dramatique. Toute l’absurdité et la violence d’un système judiciaire médiéval fondé sur le concept de jugement divin, est exposée avec une clarté glaçante, choisi par un noble pour s’éviter une défaite. Un épisode qui explore une complexité morale qui faisait vibrer les spectateurs comme dans les premières saisons de Game of Thrones.

Mais contrairement au chaos narratif des dernières saisons de la série mère, ici chaque rebondissement est mérité, chaque révélation soigneusement préparée. Rien n’est gratuit, pas même les scènes de comédie potaches un peu malaisantes. Car oui, la vie elle aussi peut-être malaisante, à l’image de Dunk qui se soulage dans le premier épisode.

Un final qui tient ses promesses

Le sixième et dernier épisode de cette première saison réussit l’exploit rare de conclure son arc narratif tout en ouvrant des perspectives pour la suite. Et bien qu’on ne s’attende pas à un cliffhanger grandiloquent, la série se conclue sur un twist qui annonce la suite et donne envie d’y revenir.

Et surtout, contrairement à tant de séries contemporaines qui sacrifient leurs personnages sur l’autel du choc et décès gratuits, The Knight of the Seven Kingdoms ose parier sur sa narration avant tout. Les choix des personnages ont du sens. Leurs victoires sont durement gagnées. Leurs défaites ont du poids.

Le final nous laisse avec cette sensation rare et précieuse : l’envie d’en voir plus, mais sans sentiment d’inachevé. Comme si on venait de refermer le tome 1 de la saga, en sachant qu’une suite existe.

Perfectible

Si le Cerveau est conquis on peut quand même dire que la série n’est pas parfaite. Le rythme du deuxième épisode faiblit légèrement, avec quelques longueurs, notamment dans l’arrivée de certains personnages secondaires.

Certaines intrigues secondaires mériteraient plus de développement au-delà de leur ressort comiques et deux ou trois épisodes n’aurait pas souffert d’une durée un peu plus conventionnelle. Oui, on aurait aimé passer plus de temps avec certains chevaliers du tournoi.

La direction artistique, bien que globalement excellente, souffre parfois d’un manque de moyens visibles. Certains décors semblent un peu trop propres (comme certaines ruines dans le tournoi), pour un univers médiéval censé être rude et sale, bien que dans l’ensemble l’esthétique de la série est plus que bonne. Quelques scènes en extérieur trahissent les limites du budget avec des arrière-plans numériques pas toujours convaincants (comme le Red Keep dans les flashback de Dunk), bien que cela ait été tourné en paysages naturel.

Et puis il y a cette frustration inévitable : six épisodes, c’est terriblement court. On aurait aimé que la série prenne encore plus son temps, explore davantage les recoins de ce Westeros d’avant la catastrophe. Mais paradoxalement, c’est aussi cette concision qui fait sa force. Peut-être que la saison 2 s’autorisera une durée et un nombre d’épisode un peu plus long, histoire de faire honneur aux personnages de la série et leurs enjeux.

Du bon Westeros post-GOT

Avec The Knight of the Seven Kingdoms on a désormais certitude qu’il est possible de faire du bon Westeros post-Game of Thrones. La preuve qu’HBO peut produire des séries d’envergure sans sacrifier la qualité narrative sur l’autel du spectaculaire contrairement à d’autres plateformes.

Une lettre d’amour à tout ce qui fonctionnait dans l’univers de Martin. Elle réhabilite l’intimité, la complexité morale, la construction de personnages. Elle prouve qu’on peut être fidèle au matériau source tout en créant quelque chose d’ambitieux et impactant.

HBO vient de nous offrir ce que nous attendions depuis des années : une raison de croire à nouveau en Westeros. Une raison d’espérer que les histoires de George R.R. Martin peuvent être encore adaptées avec respect, intelligence et amour, avec cette première saison.

Elle nous laisse impatients de retrouver ces personnages, de suivre leurs aventures à travers les Sept Couronnes. Elle redonne foi en la capacité des créateurs de séries à raconter des histoires qui comptent vraiment.

The Knight of the Seven Kingdoms est disponible sur HBO Max à raison d’un épisode par semaine tous les lundis. C’est exactement ce dont Westeros avait besoin. Ce dont nous avions besoin. Valar Dohaeris.

Crédit photos : © HBO/Max

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