Critique de Carrie sur Prime Video : une réinvention en huit épisodes du roman culte de Stephen King, et du film de De Palma sous le prisme moderne, pour une célébration du pouvoir féminin mais surtout de la bienveillance.
Amazon Prime a dévoilé ce mercredi sa nouvelle série originale : Carrie, nouvelle adaptation du roman de Stephen King, plus actuelle, plus moderne, mais surtout plus humaine, tant côté héroïne que côté matriarche.
Bienvenue dans le monde merveilleux de Carrie, une adolescente vivant recluse dans une maison avec seulement sa mère et son père. Malgré des parents hautement complotistes, la jeune fille est bienveillante au plus profond d’elle-même, malgré une éducation stricte et triste, sans interaction sociale.
Après le décès de son père, l’État force Margaret White à envoyer sa fille à l’école. Cette dernière découvre alors le monde « merveilleux » des high schools américaines, à l’aune de 2026, avec ses adolescents toujours aussi méchants, entre smartphones, losers et filles populaires du lycée. C’est ainsi que commence l’initiation de Carrie à un monde qu’elle ne connaît pas. Elle qui rêvait de le découvrir va vite déchanter…
Culte revisité
Culte populaire, non seulement pour son roman, mais surtout pour son film et ses scènes cultes signées Brian De Palma, déjà réadapté il y a 13 ans, sous l’œil d’une femme, Kimberly Peirce, Carrie revient cette fois en série, sous la plume et la caméra de Mike Flanagan.

Le maître de l’horreur, à qui l’on doit les merveilleuses The Haunting of Hill House, The Haunting of Bly Manor, Midnight Mass, ou bien encore les films The Life of Chuck, Hush et Doctor Sleep, revient avec une saison de 8 épisodes qui interprète Carrie sous un autre prisme.
Plus centré sur l’humain, mais surtout sur l’adolescence, critiquant à la fois les formats de teen drama et autres documentaires à la Netflix, à contre-pied de Mercredi et autres séries pour ados vides de sens, Carrie est une nouvelle itération qui a beaucoup à raconter sur l’Amérique 2026 de nos jeunes. Celle coincée entre les réseaux sociaux et l’envie d’exister par tous les moyens, mais toujours en prise avec les codes classiques de la vie d’un lycée américain.
La gentillesse remise au goût du jour
Ce qu’on aime dans cette nouvelle Carrie, c’est que son auteur a décidé d’aller à l’opposé de ce qu’on lui connaît jusqu’ici : la jeune fille n’est pas affreuse, moche et asociale comme dans le roman de King, mais une jeune femme bienveillante, solaire, curieuse et fondamentalement heureuse de découvrir le monde et ceux qui le composent.
Fan de littérature, profondément intelligente, celle que ses parents ont voulu exclure, par tous les moyens, de la société qu’ils redoutent et rejettent, par peur et conspirationnisme surréaliste, a finalement développé toutes les qualités opposées, notamment grâce à la lecture. Elle a une soif d’apprendre mais surtout de se connecter aux autres, de se nourrir de toutes les expériences tout en partant du principe que ceux qui la côtoient sont tout aussi bons.
La bienveillance contre un monde violent
Un choix d’écriture assez osé, mais sensé, quand on sait que le thème principal de Carrie tourne autour du harcèlement scolaire. Flanagan veut ici opposer la bienveillance naturelle de la jeune fille à la malveillance des ados confrontés aux autres et aux normes de la société actuelle, qui voit la gentillesse et la différence comme une anomalie.

Une nouvelle lecture qui dénonce à quel point les normes sociales de ce monde, particulièrement aujourd’hui, à l’ère des smartphones et des réseaux sociaux qui banalisent la violence, pervertissent tout un chacun, favorisant l’égocentrisme, la gratification immédiate ainsi que la popularité superficielle.
La parentalité toxique nuancée
L’autre choix de Flanagan est de réinterpréter intelligemment la parentalité toxique de la mère de Carrie, à contre-pied du personnage iconique incarné par Piper Laurie. Bien qu’elle reste toujours dure, froide, calculatrice, parfois méchante et extrêmement stricte, l’idée d’en faire une complotiste est intelligemment trouvée pour donner plus de nuance à son comportement envers sa fille.
Surprotectrice, dans le contrôle, elle-même parfois harceleuse pour ses propres besoins (notamment avec sa manager ou Chris), Margaret White est vue comme une mère odieuse, cela ne change pas évidemment, mais c’est une mère qui se comporte ainsi parce qu’elle aime sa fille et veut la protéger par tous les moyens possibles, quitte à tout contrôler, ou à la punir horriblement. Une mère dont l’amour est devenu une source de souffrance inouie pour son enfant.
Les réseaux sociaux : un mal moderne
Une mère que rien n’arrête et qui n’hésite pas, elle aussi, à l’image des ados, à utiliser les dérives des réseaux sociaux et des médias à ses fins. C’est d’ailleurs l’autre thématique de Carrie : comment les réseaux sociaux peuvent mener à la violence, qu’elle soit due à un compte Instagram méchant et moqueur créé par une adolescente en grand mal-être, elle-même élevée par un père harceleur et toxique, ou à une mère conspirationniste qui cherche à dénoncer l’État qui pervertit sa fille, elle qui aimerait la contrôler.

Flanagan a toujours eu le don de raconter la complexité humaine à travers ses personnages, notamment dans une société comme la nôtre. Bien que Hill House, Bly Manor, Midnight Mass et même la série d’ados Midnight Club soient essentiellement centrées autour du deuil et de la mort, ou des dérives religieuses (thèmes chers à leur auteur), il avait déjà, avec The Fall of the House of Usher, commencé à attaquer, dénoncer et réfléchir sur les dérives du système américain, ses élites et ses conséquences sur sa population.
Critique de l’Amérique adolescente moderne
Avec Carrie, il ne déroge pas à cela et prend le temps de montrer la destruction et la violence de certaines normes sociales qui existent depuis plus de 60 ans aux USA (les mêmes normes, depuis exportées ailleurs dans le monde, notamment en Europe), qui forgent les ados en perpétuant les mêmes comportements destructeurs de génération en génération.
Des comportements encore plus dangereux à l’ère du numérique, notamment avec les réseaux sociaux. Mais la beauté de cette Carrie, c’est qu’elle reste, tout au long de ses 8 épisodes, malgré tout une série qui se veut positive et humaine jusqu’à la fameuse soirée du bal de promo. Le scénariste et réalisateur a décidé de mettre en avant la bienveillance, non seulement avec sa Carrie, mais aussi avec Sue, certains professeurs et membres de l’institution scolaire qui souhaitent réellement aider les jeunes élèves.
L’ambivalence humaine
Et c’est peut-être le point le plus fort de cette relecture de Stephen King : voir l’humain comme une ambivalence, capable du meilleur comme du pire, qu’il ait 15 ans ou 50 ans. Mettre de la rondeur dans les multiples personnages de cette histoire si connue, y compris celui devenu icône de la pop-culture, afin de se concentrer sur la complexité humaine. Mais surtout, cette fois-ci, celle de la femme.

Car oui, Carrie la série est une œuvre centrée sur le pouvoir féminin, qu’il soit celui d’une mère – bien que toxique –, d’une jeune fille qui découvre le monde et ses pouvoirs, qui se cherche tout en essayant d’être bienveillante, ou de jeunes lycéennes entre vie populaire, aspirations futures, amourettes de lycée et vie familiale compliquée.
Féministe
La série se concentre sur le pouvoir de ces femmes, chose rare pour une oeuvre écrite par un homme, avec beaucoup de justesse, à travers l’histoire des persécutions qu’elles ont subies au fil des siècles, notamment par peur de leurs capacités hors normes, au début de chaque épisode.
Quand Amazon Prime avait annoncé une nouvelle adaptation de Carrie il y a deux ans, on aurait pu se dire : pourquoi ? Pourquoi une fois de plus resucer une œuvre qu’on connaît déjà, qui est, qui plus est, culte ? Et cette fois en série ? La nostalgie ? La facilité ? Même avec le maître de l’horreur que peut être Mike Flanagan…
Réfléchir sur notre condition
Au visionnage de cette saison, cette nouvelle Carrie est plus que justifiée. Le fantastique, et particulièrement l’horreur, sont des genres qui profitent de l’imaginaire pour mieux sonder l’humain, sa complexité et son monde.
C’est ce que, une fois de plus, Flanagan fait avec brio, en réinventant l’intrigue imaginée par Stephen King sans pour autant en dénaturer la substance, tout en lui offrant une fin ouverte, loin de celle qu’on lui connaît, nous laissant la liberté de continuer à imaginer Carrie plus loin, peut-être dans une autre saison… Qui sait ?
Les huit épisodes de Carrie sont à découvrir depuis le 7 octobre sur Amazon Prime Video.
Crédit photos : ©Amazon Prime Video 2026






















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