Retour sur le final de la saison 1 de Lanterns qui résout le mystère concernant Hal, révèle un nouveau Manhunter et prépare la suite pour John Stewart. Spoilers.
« N’aie pas peur d’avoir peur. »
C’est la dernière leçon de sagesse que Hal Jordan (version hologramme) transmet à John Stewart dans le final de la première saison de Lanterns, alors que le premier Green Lantern de la Terre passe enfin le relais à son véritable successeur. (Sans vouloir offenser Guy Gardner et sa dent en or…mais un peu quand même).
Cette phrase résume également le thème central de la série, incarnant le cheminement spirituel de John tout au long de la saison. Ce parcours s’achève dans l’épisode « Poussière et étoiles », où John finit par accepter la responsabilité liée à l’anneau de pouvoir et cette fois, selon ses propres termes.

Dix ans plus tôt, John avait dû arracher cette même bague des doigts meurtris et ensanglantés de Hal, au milieu des ruines du motel de Rushville. Rongé par la culpabilité et la honte quant à la manière dont il s’était procuré l’arme extraterrestre et sa lanterne de recharge, Stewart avait fini par les confier à ceux qui auraient dû être ses supérieurs : les Gardiens. Cette fois-ci, John a dû exhumer le cadavre de Hal pour récupérer la bague, mais il n’a eu ni à se battre ni à renier ses principes pour la conserver.
Un final tout en retenue
Dans cet épisode marquant le retour de Sinestro et la révélation du véritable dernier Manhunter à Rushville, aucune bataille spectaculaire ne vient égaler le chaos de l’épisode 5. Au lieu de cela, Lanterns clôt la saison sur un final tout en retenue, s’éloignant d’un dénouement classique et bourré d’action propre aux récits de super-héros pour rester fidèle à son approche narrative ancrée dans le réel.
À bien des égards, « Poussière et étoiles » est un épisode placé sous le signe de la catharsis. Il s’agit de libérer et d’accepter tout le chagrin, la colère et la peur qui ont tourmenté bon nombre des personnages pendant des années. C’est particulièrement vrai pour John Stewart.
Ce final, réalisé par Alik Sakharov et écrit par Chris Mundy, Damon Lindelof et Tom King, marque l’aboutissement d’une véritable leçon de développement de personnage : Lanterns clôt ainsi sa mission de la saison, à savoir lancer la carrière de super-héros de John Stewart, avec un chapitre final tout en retenue et en émotion, qui boucle la boucle de son histoire d’origine.

Durant une grande partie de la première moitié de la saison, le John Stewart incarné par Aaron Pierre apparaît comme un homme rigide et sérieux, ayant passé toute sa vie à obéir aux ordres. Tout a commencé avec ses parents : avant même qu’il ne sache marcher, ils avaient décidé qu’il deviendrait le prochain Green Lantern, sacrifiant son enfance pour mieux le préparer à ce destin de super-héros qu’ils avaient eux-mêmes voulu pour lui.
Ce mode de vie strict et réglé au millimètre a perduré à l’âge adulte, alors que John s’engageait chez les Marines avant d’être désigné pour succéder à Jordan en tant que nouveau « policier de l’espace » de la Terre. À chaque étape, John a suivi une voie tracée par d’autres. Ce n’est qu’une fois en possession de l’anneau de pouvoir qu’il a réalisé ne plus se souvenir pourquoi, ni même s’il l’avait jamais voulu cette responsabilité au départ.
Un nouveau Manhunter démasqué
Dans « Poussière et étoiles », John découvre que Noah Macon est un Manhunter, un secret qui a coûté la vie à Hal lorsqu’il l’a percé à jour. Après que Noah a enlevé John, lui a pris sa bague et l’a contraint à le conduire au stade où il doit disputer la finale du championnat d’État avec son équipe de lycée, tous deux se retrouvent assis sur le parking, songeant à la situation tragique dans laquelle les plonge leur nouvelle réalité commune.
Chacun est conscient de la menace qu’il représente pour l’autre. Noah suppose que John ne croit pas qu’il puisse s’affranchir de sa programmation, un héritage qu’il partage avec une grand-mère responsable de génocides sur des mondes extraterrestres. Pourtant, John voit sa propre vie — ainsi que sa propre expérience sur l’opposition entre inné et acquis — se refléter chez cet adolescent potentiellement dangereux, élevé par des humains pour éprouver de l’amour.

D’une certaine manière, John se voit en Noah et il pense qu’il peut changer comme lui a changé. Il peut se détacher de cette programmation imposée. La perspective du libre arbitre offre à John une possibilité bienveillante et encourageante à partager avec Noah, qui est manifestement en proie au doute quant à la marche à suivre. En revanche, l’idée d’accumuler du pouvoir, qui, comme l’admet Noah, lui traverse parfois l’esprit comme si elle avait toujours fait partie de lui, s’avère bien moins réjouissante.
Qui a tué Hal ?
Mais la question est : est-ce que Noah a tué Hal ? On pourrait bien le croire étant donné sa nature et le fait qu’il est libéré Sinestro de prison. Cependant, la réponse est non. Il le proclame mais il protège en réalité quelqu’un.
Si Lanterns suivait le modèle de la plupart des histoires de super-héros, l’intrigue mènerait à un affrontement violent entre John et Noah sur le terrain de football même où cette saga a débuté, juste devant les gradins où Hal a trouvé la mort. Pourtant, Lanterns va à l’encontre des codes habituels du genre.
Au lieu d’affronter Stewart, Noah lui rend l’anneau et demande à l’ancien Marine de mettre fin à ses jours par compassion, tout comme John l’avait fait pour la grand-mère de Noah. C’est un rebondissement saisissant qui place John dans une situation délicate : il doit mettre en balance la sécurité potentielle du monde et une menace qui pourrait ne jamais se concrétiser. C’est précisément face à ce choix concernant le sort de Noah que la carrière de Stewart en tant que Green Lantern commence véritablement.
John ne tarde pas à révéler sa décision. Il retrouve rapidement la shériffe Kerry Kane, qui observe avec anxiété le dernier match de lycée de son fils depuis un point de vue isolé, sous les gradins. À la suite de sa conversation avec Noah, John a percé le mystère du meurtre de Hal : ce n’est pas Noah qui l’a tué, mais Kerry, par peur pour son fils Manhunter.

Cependant, John n’aborde pas Kerry avec des accusations, mais avec compréhension et bienveillance. Il replace sa propre enfance traumatique dans la perspective de sa mère et explique comment, en cherchant à faire de lui un homme sans peur, elle a fini par endosser cette peur elle-même. « Ma mère a retenu son souffle pendant toute mon enfance », confie John au terme du long récit qu’il livre à Kerry. Il comprend la peur de Kerry et comprend surtout celle de sa propre mère.
Kerry avoue avoir tué Hal et elle admet également avoir rappelé John à Rushville non seulement pour enquêter sur la mort de son ancien mentor, mais finalement pour découvrir le secret de Noah. Pour lui dire si elle élevait un monstre. Et après avoir expliqué sa situation difficile avec Noah en toute transparence, John révèle sa décision de laisser le jeune Manhunter vivre. John pense que l’éducation de Kerry pourrait être un facteur dans le comportement de Noah, mais la shériffe reste terrifiée à l’idée que son fils cède à ses pires démons. Mais si c’est le cas, alors John sera là pour le stopper.
Une conclusion satisfaisante
Il ne s’agit pas seulement d’un dénouement typique : la révélation porte moins sur l’identité du meurtrier de Hal que sur les raisons pour lesquelles Kerry — suspecte toute désignée — en est venue à tuer l’homme qu’elle aimait. La prestation remarquable et empreinte d’une grande complexité émotionnelle de Kelly Macdonald traduit la peur, l’amour et la culpabilité de Kerry, le tout lié à une erreur tragique.
Cette interprétation sublime la scène et offre une conclusion satisfaisante au mystère central de la série. John épargne à Kerry la honte et les conséquences dévastatrices qu’aurait entraînées une reddition, tout en lui assurant que Noah pourra mener une vie normale.
Elle peut enfin relâcher la tension qui la tenaillait. En laissant Kerry partir et en épargnant la vie d’un Manhunter (pour l’essentiel) innocent, John révèle également quel genre de super-héros il aspire à être. Après des années à obéir aux ordres, même ceux qu’il désapprouvait, il a choisi d’évoluer dans une zone grise morale, sans autre ligne de conduite que sa propre conviction de ce qui est juste.

Si ce final se concentre sur l’aboutissement des origines de John en tant que Green Lantern — alors qu’il accepte la responsabilité liée à l’anneau —, l’histoire marque également une fin touchante et douce-amère à l’arc de rédemption posthume de Hal. Cette version plus jeune et idéaliste de Hal répare bon nombre des erreurs commises par son « moi » plus âgé et désabusé vers la fin de sa vie tragique.
Plutôt que de s’accrocher désespérément à un pouvoir qui lui échappe, Hal le transmet à la génération suivante. Le temps que le « Halogramme » et John ont passé ensemble à élucider le meurtre de Hal leur a permis de faire amende honorable avant de tourner la page.
John Stewart prend son envol de Lantern
La prochaine apparition à l’écran du John Stewart incarné par Aaron Pierre ne se fera pas dans la deuxième saison de Lanterns (apparemment en préparation), mais dans Man of Tomorrow (prévu dans les salles pour 2027), la suite du Superman de James Gunn.
La saison de Lanterns s’achève sur l’envol de Stewart, dans un ciel nocturne illuminé par le signal de Green Lantern émanant de Rushville. C’est un moment triomphal et amplement mérité après toutes les épreuves traversées au fil de ces huit épisodes.

Toutefois, il est regrettable que la première apparition marquante de Stewart en tant que Green Lantern à part entière doive probablement se faire dans un film centré sur un autre super-héros, plutôt que dans la série qui a donné tout son sens à sa transformation.
Il appartiendra désormais à Gunn, et non aux créateurs de Lanterns, de définir l’identité du Green Lantern de Stewart, une tâche qu’il devra accomplir au sein d’un film regorgeant d’autres super-héros.
L’intégralité de la saison 1 de Lanterns est disponible sur HBO Max.
Crédit ©HBO Max























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