Monstre, la saga « true crime » de Ryan Murphy et Ian Brennan revient pour une nouvelle saison totalement invraisemblable centrée sur Lizzie Borden.
L’histoire de Lizzie Borden a été maintes fois reprise au cours des 134 années qui se sont écoulées depuis qu’elle a été accusée d’avoir tué son père et sa belle-mère à coups de hache dans leur domicile de Fall River, dans le Massachusetts.
Des pièces de théâtre, une comédie musicale et des podcasts ont exploré l’enfance difficile de Borden, le crime, le procès et l’attention constante du public. Un groupe de heavy metal porte son nom et des actrices telles qu’Elizabeth Montgomery, Christina Ricci et Chloë Sevigny l’ont incarnée au cinéma et à la télévision.

Il existe même une comptine populaire, bien qu’historiquement inexacte, au sujet de cette affaire. C’est cette même chanson pour enfants que l’on entend dans la scène d’ouverture théâtrale du premier épisode de la quatrième saison de Monstre : Lizzie (Ella Beatty) y gambade joyeusement dans la maison tout en assassinant Abby (Rebecca Hall) et Andrew Borden (Charlie Hunnam), des éclaboussures de sang maculant sa robe blanche immaculée.
Coupable dans la série
Mais s’agit-il de la dure réalité ou simplement d’une version des faits telle qu’on se l’imagine ? Parce que dans la réalité, Lizzie Borden a été acquittée de ces meurtres, mais la série laisse entendre qu’elle a commis ces atrocités avec une complice. Ce montage suffit à lui seul à donner le ton de ce que Ryan Murphy et Ian Brennan nous réservent. Après s’être penchés sur Jeffrey Dahmer, les frères Menendez et Ed Gein, ils jettent cette fois leur dévolu sur Lizzie Borden pour livrer une nouvelle interprétation sulfureuse d’une affaire tristement célèbre.

Le résultat est délirant, qu’il s’agisse des dialogues outranciers, des choix musicaux (le titre « Cherry Bomb » des Runaways revient à plusieurs reprises dans le premier épisode) ou de l’exacerbation des relations et des comportements des personnages. Sans parler des réflexions sur le *true crime*, le statut de victime, les traumatismes générationnels et le fardeau pesant sur les femmes que les deux créateurs croient pouvoir aborder avec audace dans cette quatrième saison, du moins à en juger par le premier épisode.
Toujours aussi sensationnaliste
La série Monstre n’a jamais eu pour vocation d’analyser les raisons de certains crimes ni les réactions qu’ils ont suscitées. Dans l’ensemble, cette anthologie Netflix mise sur le sensationnalisme et l’exagération pour frapper les esprits, des procédés qui impliquent une certaine part d’invention et de liberté créative. Il en va de même pour l’histoire de Lizzie Borden, un constat qui s’impose dès le premier épisode.

L’attrait pour les récits de faits divers criminels naît du désir de comprendre les pressions (psychologiques, émotionnelles, culturelles ou sociétales) ayant conduit à des événements atroces, ainsi que les leçons que l’on peut en tirer. Toutefois, L’Histoire de Lizzie Borden, à l’instar des précédents volets de la saga Monstre, ne va pas aussi loin dans l’analyse. L’œuvre privilégie le sensationnalisme et la dramatisation de ces événements.
Une grande partie du premier épisode tente d’amorcer une réflexion sur les raisons qui poussent les femmes à tuer, soulevant des questions imprégnées de conceptions désuètes associées au « sexe faible ». Les réponses apportées s’avèrent, pour l’essentiel, peu convaincantes.
Une jeune fille martyrisée
Alors, qu’est-ce qui pourrait pousser une personne comme Lizzie, apparemment douce et sympathique, aspirant à une vie meilleure loin d’un foyer oppressant, à prendre une hachette et à massacrer ses parents ? Selon l’approche superficielle de la série, Lizzie fait depuis longtemps office de souffre-douleur, élevée à contrecœur par sa belle-mère, Abby, après le décès de sa mère biologique.

Abby semble vouer une haine inexplicable à sa belle-fille et méprise le fait qu’elle ne soit toujours pas mariée, alors qu’elle a dépassé la trentaine. Même le prétendant qu’Abby espère voir demander la main de Lizzie finit par la rejeter car le visage de la jeune femme lui rappelle celui d’un cheval. Un argument qui tombe à l’eau à la vue de son interprète, la jolie Ella Beatty, fille de Warren Beatty et Annette Benning.
Le père de Lizzie, négligent, ne lui est d’aucun secours. Il préfère se consacrer à son entreprise de fabrication de cercueils et à l’entretien de ses précieuses haches. Autant dire que Lizzie ne peut compter sur personne, pas même sur sa sœur (qui n’apparaît pas dans le premier épisode).
Un duo mortel
Tout bascule lorsque Bridget Sullivan (qui se fait appeler Maggie), femme au franc-parler et à l’esprit indépendant, entre en scène quatre mois avant les meurtres. Maggie bouscule assurément les habitudes.
Elle observe Lizzie, la comprend, fait preuve d’empathie à son égard et se lie rapidement d’amitié avec elle, soulignant l’injustice du traitement que lui réservent ses proches. Qui plus est, Maggie impressionne Abby par ses talents de ménagère et de cuisinière, tout en concluant un pacte secret avec Andrew : il la rémunère pour coucher avec elle, car elle est prête à presque tout pour gagner de l’argent.

L’alchimie immédiate entre Maggie et Lizzie occupe une telle place dans le premier épisode qu’il est évident que la série prépare le terrain pour raconter l’évolution de leur amitié (vers une complicité romantique et meurtrière). En un rien de temps, la présence de Maggie au sein du foyer influence Lizzie, notamment dans sa quête d’identité.
Aileen Wuornos ???
Pour ce faire, Maggie initie Lizzie à l’histoire d’Elizabeth Báthory, une noble de Transylvanie (techniquement hongroise, mais inutile de chipoter sur les détails, n’est-ce pas ?) qui aurait assassiné de jeunes filles pour se baigner dans leur sang. Le récit de Báthory (également incarnée par Krieps) prend alors vie à l’écran dans une débauche d’éclaboussures sanglantes.
Et à la manière dont Lizzie est obsédée par l’histoire d’Elizabeth, la série bascule à un moment vers une époque plus moderne, avec Sarah Paulson — muse de Murphy — incarnant la tueuse en série Aileen Wuornos (un rôle incarné sur grand écran par Charlize Theron dans Monster). Un parallèle complètement inutile qui n’apporte rien à l’histoire de base, mais c’est un gimmick qui revient à chaque saison de Monstre, de faire échos à un autre tueur qui n’a rien à voir avec l’histoire principale.

C’est une façon un peu tiré par les cheveux pour Monstre d’aborder la lutte que les femmes mènent depuis des siècles pour prendre leur vie en main, que ce soit au XVe ou au XIXe siècle (ou même, après tout, au XXIe). Les femmes doivent se battre bec et ongles rien que pour être vues et entendues.
Avec cette saison 4 de Monstre, on se retrouve coincée au cœur d’une mini-série sans véritable raison d’être, incapable d’apporter quoi que ce soit à une histoire éculée, si ce n’est une nouvelle couche de sang. Ce nouveau « Monstre » ne justifie son existence que par ses détails les plus sordides.
Monstre L’Histoire de Lizzie Borden est disponible sur Netflix.
Crédit ©Netflix

























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