Brainterview : Qui a peur du grand méchant Marsault ?

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A l’occasion de la sortie ce jeudi 27 octobre des BREUM ! Tome 1 et 2 chez Ring, le Cerveau est allé à la rencontre de l’artiste distributeur de mandales, Marsault.

Lorsque l’on évoque son nom, on assiste systématiquement à la même scène : les gens prennent position, chacun choisit son camp. Puis, les insultes fusent, et  on commence par gentiment s’attraper au col. Finalement, tout le monde finit par s’arracher les yeux, dans la joie et la bonne humeur la plus totale, chacun portant en soi l’intime conviction d’avoir alimenté le débat d’une vérité absolue – la sienne – sauvant ainsi l’humanité de sa propre bêtise en éclairant son chemin…

M_300_AEn effet, depuis les débuts du dessinateur, on compte en litres les quantités d’encre qui ont été versées à son sujet. Pour certains, Marsault serait un misogyne d’extrême droite qui utilise les réseaux sociaux pour faire passer ses opinions politiques. Pour d’autres, il s’agit simplement d’un dessinateur “trash” qui frappe sur tout le monde et là où ça fait mal, dans la lignée de personnalités telles que Reiser, ou encore le professeur Choron. Une divergence d’avis sur la toile qui a atteint son apogée l’été dernier, suite à la suppression de la page Facebook de l’artiste et son altercation avec le groupe féministe Paye ta Schnek. Dès lors, le sujet “Marsault” reste dans le collimateur de nombre d’internautes, chacun y allant de son analyse personnelle du personnage.

Qui est ce grand méchant ?

Malgré ce déballage de suppositions plus ou moins digne d’intérêt, la question demeure : qui est véritablement Marsault ?

Face à l’avalanche de commentaires contradictoires s’entrechoquant sur les fils d’actualité des réseaux sociaux, le Cerveau était quelque peu circonspect. En effet, quoi de plus frustrant que de voir sur les réseaux sociaux et certains sites spécialisés dans le “buzz” se déchirer sur un sujet, ou plutôt, une personne, invoquant successivement diverses “analyses” tout aussi subjectives qu’imprécises – quand elles n’étaient pas simplement mensongères. Plus les internautes pensaient détenir la clé du mystère, moins le débat avançait, et plus le Cerveau commençait à se dire que l’avis qu’il avait le plus envie d’entendre, c’était celui du principal intéressé.

C’est pour cela que le Cerveau a décidé d’aller à la rencontre de ce dernier. Histoire de cerner le personnage, mais aussi l’artiste, au delà des polémiques et des rumeurs, ainsi que les opinions des uns et des autres. Une brainterview exclusive, à l’occasion de la sortie des tome 1 et 2 de BREUM ! Aux éditions RING

Car, après tout, qui mieux que Marsault pourrait nous parler de Marsault ?

Chez lecteurs, voici venue l’heure d’enfiler vos gants de boxe, de vous servir une bonne bière et de vous allumer une clope de cow-boy : aujourd’hui, le Cerveau prend le café avec Marsault.

En tant qu’autodidacte, comment t’es-tu formé et qu’est-ce qui a guidé tes pas vers la Bande Dessinée?

En fait, j’ai toujours dessiné, c’est quelque chose qui m’est venu naturellement. Sauf qu’un jour, un pote m’a proposé de faire une Bande Dessinée, et là, j’y ai pris goût. D’abord, je faisais des petites Bandes Dessinées, entre trois ou quatre planches. Et puis j’ai voulu m’y mettre vraiment. J’ai déménagé loin de la ville, de tout son bordel ambiant… et depuis je ne me suis plus arrêté.

Aujourd’hui, c’est comme un virus pour moi. Nan… c’est une vraie came. En fait, t’as un camé face à toi. Et ma came, c’est le dessin. Si je n’ai pas mes heures devant ma planche tous les jours à gratter, je me sens mal. J’en ai besoin.

Quelles sont tes inspirations principales ?

Alors, bien sur, il y a Gotilb. Mais y a aussi des dessinateurs, comme Coyote, avec Little Kevin. Pour parler de la façon dont je me suis formé, j’ai d’abord commencé par copier les auteurs que je trouvais bon. Un peu comme tout le monde, lorsqu’on apprend à dessiner. Après, quand je dis copier, je ne parle pas de prendre le style de quelqu’un, mais plutôt d’essayer d’arriver au même niveau technique. à partir de là, j’ai bûché à fond. La journée, c’était l’usine, le soir, c’était la table à dessin. Au final, j’ai dû passer un an de ma vie aux Beaux Arts… et j’ai vraiment eu l’impression de perdre mon temps.

Après, même si je suis assez sûr de moi et de mon travail aujourd’hui, je suis resté très longtemps insatisfait de ce que je faisais. Pour tout dire, ça fait vraiment peu de temps que je suis enfin content de ce que je produis, que je trouve ma technique de dessin aboutie. Au final, ce sont vraiment les Breum édité par Ring dont je suis le plus fier.

Comment s’est passée ta rencontre avec les éditions Ring ?

C’est Laura, la directrice du service presse de Ring, qui m’a écrit un jour pour me proposer de me rencontrer. à ce moment là, sur Facebook, ça n’allait pas fort. C’était le début des emmerdes qui ont fini par faire fermer ma fan-page. Du coup, lorsque Laura m’a contacté, j’ai sauté sur l’occasion. Et depuis, je ne le regrette absolument pas.

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Aujourd’hui, tu as d’un côté une communauté fidèle, et d’un autre, de virulents détracteurs. Comment te places tu au milieu de tout ça ?

Quand tu commences à te faire emmerder par des « haters » sur les réseaux sociaux, y a deux solutions qui s’offrent à toi : soit tu es touché par leurs réflexions, soit tu t’en branles. J’ai choisi la deuxième option.
Au début, j’avoue que ça m’a un peu emmerdé. Aujourd’hui, ça me fait vraiment marrer de voir les gens qui s’acharnent à balancer des conneries sur moi, à m’insulter ou à me faire passer pour ce que je ne suis pas. C’est pas eux qui me font chier.

Par contre, je suis également tombé sur des articles, venant de sites très diffusés sur la toile. Ceux-là, pour le coup, m’ont vraiment fait chier. Il y a une énorme différence entre quelques rageux qui s’en prennent à toi sur Facebook et un site internet qui diffuse des informations mensongères sur toi. En lisant ça, t’avais l’impression que j’étais le meilleur pote de Soral et qu’on baisait ensemble ! D’ailleurs, lorsque Ring leur a demandé de retirer les articles en question, ils l’ont fait immédiatement. Comme quoi…

Et ça, c’est sans parler des sites proches de l’extrême droite où j’aurai soit disant posté certains de mes travaux, ou des textes que j’aurai écrit. Des gens se sont appropriés mon travail sans mon accord et l’on mit en ligne en mon nom, point.

Beaucoup se sont permis de te coller une étiquette sur le front. Si tu devais t’en mettre une toi-même, laquelle serait-elle?

Marsault : “ Oh, la va falloir que je réfléchisse un peu… “
David Serra (directeur des édition Ring)  : “ Enculé? ”
Marsault : “ Ah, ouais, pas mal…”
David Serra : “ Plus sérieusement, au delà de la punchline Ring « Marsault, c’est le peuple », j’ai une formule qui je pense le définit assez bien : Marsault, c’est la rencontre entre Gotlib, Tyson et Bukowski. “

En effet, sacré cocktail !

(rires) Nan, en vrai, si je devais me définir, définir mon style, je dirais plutôt que je suis quelqu’un qui rentre dans le lard, mais en faisant de la bonne came. Voilà. L’un ne peut pas aller sans l’autre, et j’ai toujours pour envie de produire des images qui soient bonnes. On m’a mit une étiquette de “connard” sur la gueule, de facho. La vérité, c’est que, très franchement, la politique, quel que soit son bord, je m’en branle.

La liberté d’expression, c’est ton fer de lance aujourd’hui ?

Pour être franc, la liberté d’expression, c’était pas quelque chose dont je me revendiquais à la base, lorsque je me suis lancé dans la Bande Dessinée. Si j’en ai fait mon fer de lance, c’est simplement une réaction face à ce qui m’est arrivé sur les réseaux sociaux. Quand tu te retrouves censuré, tu revendiques ton droit à la liberté d’expression.

M_300_BDepuis qu’il est apparu dans tes planches, Eugène a eu l’occasion de distribuer un grand nombre de BREUM ! Selon toi, qui n’en a pas encore reçu, mais le mériterait bien ?

Alors, je ne veux pas m’avancer, mais je crois bien que j’ai fait le tour !

J’ai tapé sur les politiciens, sur les féministes, sur les écolo, sur les gourdasses… en fait, j’ai tapé sur les extrémistes de tous bords. Quand je m’attaque à une communauté de personnes, ce sont les extrémistes que je vise. Dans la liste des gens qui se sont prit une mandale dans mes dessins, il faut à chaque fois rajouter le terme “extrémiste” devant.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les gens qui suivent mon travail : y a de tout. Des gens de droite, des réacs, mais aussi des gens de gauche, des féministes, des écolos, des mecs, des meufs… Une fois que t’as compris que c’était pas toi personnellement qui était visé, mais les parties extrêmes d’une catégorie à laquelle tu appartiens, tu peux apprécier les mandales à leur juste valeur.

Mais, si tout le monde a déjà eu droit à sa “beigne”, que vas-tu faire maintenant?

Pour être honnête, pour le moment, même si je travaille sur plusieurs projets en parallèle, je tourne un peu au ralenti. Après, ça ne m’empêche pas de réagir de manière ponctuelle, par l’intermédiaire de la page de Ring, à des trucs qui méritent bien de se prendre une droite. En fait, j’ai un compte Facebook personnel bien vérolé par des pages de merde du style “codes de meufs”, “savais-tu que” et consorts. Ensuite, je n’ai plus qu’à piocher dans mon fil d’actu le truc bien con sur lequel je vais faire un dessin.

Mais, de manière générale, j’essaie de repenser ma façon de travailler pour faire en sorte que cela me plaise avant tout. Là, j’ai commencé un nouvel album, toujours en collaboration avec Ring, et je préfère garder mon côté très bourrin pour Facebook. De toute façon, c’est sur ce réseau que le bourrin fonctionne le mieux : quand tu postes quelque chose dessus, que ce soit un texte ou un dessin, il faut que ça ait de l’impact pour que les gens s’arrêtent dessus. J’ai déjà fait du très bourrin sur des formats plus long, avec Sans Filtre et Misogynator. Personnellement, je trouve ça beaucoup plus agréable d’étendre ses histoires sur des Bandes Dessinées plus longues, ça permet de pousser le propos un peu plus loin, tout en restant bourrin.

En conclusion, malgré un album inédit prévu pour dans un an, je suis un peu en flottement en ce moment. Après, même si je ne sais pas exactement ce qui va se passer à partir de maintenant, même si je n’ai pas de lignes précises, je ne m’interdis rien. Et je continue de dessiner.

Crédit : Ring éditions.

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