MALCOLM : Rien n’a changé, littérallement… qu’on aurait pu s’en passer

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2.5

Quatre épisodes. Vingt ans d’attente. Un gâteau d’anniversaire, un Malcolm nevrosé et un Hal survolté. C’est tout ce que vous obtiendrez. Et franchement ? On l’avait peut-être un peu cherché…. La critique du Cerveau un peu déçu 

S’il y a bien une série qui est entrée dans le cœur de toute une génération c’est bien Malcolm. Surtout en France. Une série qui a accompagné beaucoup d’enfants et jeunes ados au début des années 2000, qui reste une madeleine de Proust qu’on aime revoir, un peu comme nos propres cousins qu’on oublie et retrouve en réunion familiale, le cœur chaud.

Avant de parler de ce retour 20 ans après 7 saisons de betises, de famille dysfonctionnelle, populaire, mais remplie d’amour, il faut remettre les choses à leur place. Malcolm n’était pas juste une sitcom familiale de plus quand elle a débarqué sur Fox en janvier 2000.

Anomalie culte et parfaite

C’était une anomalie dans le paysage de la télévision américaine, une vraie. Une série sur la classe populaire qui ne romantisait rien, qui filmait la précarité avec énergie et un chaos maîtrisé et qui avait l’intelligence de confier son regard à un enfant surdoué coincé dans un monde qui ne lui ressemblait pas. Une famille américaine avec ses hauts et ses bas, ses colères, ses difficultés, ses enfants turbulents, mais unie malgré tout ce qu’on pouvait voir comme complications.

La famille Wilkerson, avec sa maison sans garage, des vêtements achetés en solde, une mère autoritaire, des garçons plus que surexcités et un père classique mais reveur et émotif, grand enfant dans l’âme,  c’était un visage américain. Une amérique modeste racontée sans condescendance ni nostalgie. Un visage loin des autres sitcoms de plateau aux familles parfaites et édulcorées, si importante dans l’imaginaire américain, écornant cette idée par son écriture nerveuse et comique, mais surtout drôle et assez proche d’une certaine réalité. Malcolm c’est la série extrême qui ressemblait quand même à ce qu’on pouvait connaitre d’une vie de famille pour la majorité de ses spectateurs.

Caméra à l’épaule et quatrième mur, une structure narrative anarchique et un Bryan Cranston plus fou que jamais, Malcolm n’est pas devenue culte comme ça, au point d’être une référence encore 20 ans après.

Retour déguisé

Vingt-six ans après sa première diffusion et vingt ans après sa conclusion en 2006, le créateur Linwood Boomer revient avec Malcolm : Rien n’a changé, une mini-série de quatre épisodes de trente minutes disponible depuis le 10 avril sur Disney+.

Le synopsis officiel et les teaser racontent à peu près tout de ce qu’on va voir : Malcolm, désormais adulte, qui s’est éloigné de sa famille doit revenir pour fêter les 40 ans de mariage de Hal et Lois après leur avoir caché être père d’une jeune ado, elle aussi surdouée et hyper-empathe. On ne vous spoile rien parce qu’il n’y a pas grand-chose à spoiler. Un peu comme un épisode de réunion spécial, porté par l’anniversaire du couple de parents iconiques de la TV des années 2000, ce sera tout.

Prétexte en mini-série

Soyons honnêtes dès maintenant Malcolm : Rien n’a changé n’est pas une nouvelle série ou un revival. C’est une réunion de famille filmée avec les codes d’aujourd’hu, bien propres, bien lisses, bien instagram ou pinterest.

Le projet avait d’abord été pensé comme un téléfilm de deux heures avant d’être découpé en quatre épisodes… et ça se voit. La narration tient dans un mouchoir de poche, les enjeux sont ceux d’une dispute de fête de famille et chaque épisode ressemble à un acte d’une pièce qui aurait mérité d’être retravaillée.

Ce qui est en revanche parfaitement lisible, c’est l’intention commerciale derrière l’objet. Un peu comme le nez au milieu de la figure, ou les oreilles de Dewey, la vraie raison d’être de ces quatre épisodes, c’est Leah, la fille de Malcolm jouée par Keeley Karsten, adolescente surdouée, socialement inadaptée, capable de briser le quatrième mur exactement comme son père vingt ans plus tôt.

Les années 2000 c’est fini depuis très longtemps

La série ne s’en cache pas et nul besoin d’être sériephile pour comprendre la direction et utilité de cette mini-série au nombre d’épisodes restreints : Malcolm passe littéralement le flambeau narratif à sa progéniture, en lui confiant la voix off. Une préquelle de spin-off déguisée en réunion, un pilote de 120 minutes qui teste si le public est prêt à suivre une nouvelle génération des Wilkerson, aux codes de la Gen Z et Alpha. La réponse dépendra des audiences.

Le problème fondamental de Malcolm rien n’a changé n’est pas que la comédie est absente ou que l’histoire ne tient pas la route. C’est qu’elle est anachronique et datée. L’humour de la série originale fonctionnait précisément parce qu’il était ancré dans une époque avec les enjeux et problèmes d’une classe sociale : la précarité américaine des années post-11 septembre, la débrouille permanente, des parents épuisés, des frères qui se détestent par manque d’espace. Un réalisme social teinté d’absurde avec une dimension subversive que peu de sitcoms familiales de l’époque possédaient.

New Middle Class

En 2026, Malcolm est un homme de quarante ans qui dirige une start-up caritative loin de la présidence que sa mère voulait. Celui qu’on pensait serait la voix de cette classe oubliée a grimpé l’échelle sociale et vit sa meilleure vie loin de sa famille toxique comme il le définit lui-même.

Il élève seul sa fille, fruit d’une coucherie bête avec une femme, elle aussi particulière. Il est un parent de notre temps, un millenial fan de thérapie comportementale, et de communication, fuyant son passé.

Même recette, mais pas le bon plat

Le reste de la famille lui – et c’est là que le bât blesse – sont toujours dans la même maison, mais le chaos est moindre. On n’est plus dans la survie d’une famille modeste : c’est la névrose confortable de retraités cossus et d’adultes qui ont eu toutes les chances de s’en sortir. Et sans cette tension sociale, Malcolm ne marche pas.

La série recycle plusieurs mécaniques sans en comprendre la structure ou les raisons. Les accès de rage de Lois, les catastrophes physiques de Hal, la bêtise tendre de Reese… tout ça était drôle dans le contexte d’une famille à bout de souffle avec des enfants bourrés d’imagination et hyperactifs.

Revisités vingt ans plus tard, avec les mêmes acteurs dans les mêmes postures mais sans l’urgence originale, ces gags ressemblent à des reconstitutions historiques. A du pur fan service nostalgique sans raison valable. On reconnaît les mécaniques, mais on ne ressent plus la pression, l’absurde, la folie de l’époque.

Francis, Reese… et le musée de Cire

Parlons des frères. Francis (Christopher Masterson) est toujours marié à Piama (Emy Coligado), sur le point enfin de vivre une nouvelle étape de leur vie, dont on ne saura pas grand-chose ( enfin si un peu quand même). Il est là essentiellement pour faire nombre et déclencher quelques sourires nostalgiques. Reese (Justin Berfield) revenu de sa retraite d’acteur pour l’occasion est exactement le même qu’en 2006 : impulsif, pas très futé, attendrissant dans sa constance. Le personnage n’a pas évolué d’un millimètre.

Alors qu’à l’époque ces derniers n’en étaient pas, ils sont devenus de simple personnages secondaires anecdotiques sans nuances, un peu comme ceux qui sont venus reprendre leur rôle en caméo rapide. A l’image de leur petits frères, Jaimie et Kelly qu’on ne connait pas vraiment. Des personnages anecdotiques avec quelques lignes de dialogues référencés, soulignant le manque d’évolution de ces derniers. Ce revival, n’avait visiblement aucune intention de faire grandir quiconque.

Tout le monde est arrivé au même endroit qu’à leur départ en 2006, habillé différemment. Francis a toujours un problème avec sa mère qui ne le priorise pas, Reese a toujours des facilités à profiter de certaines situations pour le rire ou l’enrichissement. Malcolm se sent toujours différent par rapport aux siens. Lois hurle. Hal danse ou se cherche. Pourtant le monde entier a changé depuis 2006 mais eux, ils ont juste vieillit. Et upgradé leur niveau de vie.

Cranston sauve les meubles

La seule et meilleure chose qu’on ait avec ce retour de Malcolm c’est Bryan Cranston dans l’un de ses rôles légendaires, celui qui a offert un champ de jeu énorme pour un acteur de ce gabarit. Il est l’unique raison pour laquelle ces quatre épisodes ne sont pas une catastrophe totale.

Après avoir incarné Walter White pendant cinq saisons et s’être imposé comme l’un des acteurs dramatiques les plus importants de sa génération, Cranston revient à Hal avec une générosité et une liberté physique absolument démentes. Hal en pleine hallucination, Hal en introspection avec son evil twin, Hal qui chante et célèbre sa femme, Hal à poil… Bref le papa qu’on a tant aimé est toujours aussi fou et étonnant, tout en restant attendrissant.

Ce n’est pas pour rien qu’on semble lui avoir consacré la majorité du temps d’écran. Les quatre épisodes sont, à bien des égards, une lettre d’amour à ses performances dans Malcolm. Jane Kaczmarek est également irréprochable dans le registre de Lois, toujours à la limite de l’explosion nucléaire. Leur duo fonctionne, avec une alchimie semblable à celle qu’on a pu voir pendant sept saisons. Mais la série leur donne tellement de place que Frankie Muniz qui incarne le personnage titre, finit par sembler, surtout après sa fille, comme un invité dans sa propre réunion de famille.

Ce qu’on aurait voulu

Le vrai reproche qu’on peut adresser à Malcolm : Rien n’a changé n’est pas d’exister. Les réunions de famille, même ratées, ont leur charme. Le vrai reproche, c’est de ne pas avoir eu l’ambition de faire autre chose qu’une réunion.

Malcolm était une série qui regardait sa propre époque avec un œil critique et cynique, qui disait quelque chose sur la classe ouvrière américaine, sur la parentalité dysfonctionnelle, sur le mythe de l’ascension par le mérite et les compétences, pour une vraie satire sociale. Ces quatre épisodes ne racontent rien. Ils ont le méritent de nous faire rire, de raviver des sensations oubliées, surtout si on n’a pas revu la série. On aurait aimé un Malcolm qui revient dans sa ville natale et mesure ce qu’est devenue la classe populaire américaine vingt ans plus tard.

Un Reese qui a évolué sur son rapport à la bêtises et le chaos, un Francis plus sensible et apaisé par l’âge, plus proche de sa mère, un Malcolm moins dans le rejet des siens. Un regard sur comment ces enfants abîmés sont devenus des parents et des adultes construits, malgré la folie de notre monde actuel, entre les réseaux sociaux et un système encore plus inégalitaires qu’avant.

On a préféré les gags simples, en écho à ce qu’on a retenu de superficiel sur ce qu’était cette sitcom. Ce revival n’a malheureusement rien de nouveau à dire si ce n’est de rire de nos personnages inchangés.

Fade mais pas insipide non plus

Malcolm rien n’a changé est un plaisir un peu fade, sans le mélange d’épices propre qui a fait de Malcolm une série qui a non seulement changé le paysage audiovisiuel de son époque, bousculé les codes, réfléchit sur son temps et proposé une famille dans laquelle on se retrouvait tous plus ou bien.

Le tout dans la subversion la plus explosive qu’on pouvait trouver en télévision dans une époque très codifiée, loin de la liberté des plateformes et du streaming actuel. Ce n’est pas forcément désagréable à regarder, mais loin d’être mémorable. C’est même un peu frustrant. Nostalgique sans être émouvant, drôle sans être incisif. On aurait presque pardonné ces épisodes si les scénaristes s’étaient retrouvés dans un format de 10 épisodes, avec un vrais discours sur notre temps et des enjeux pour nos personnages.

On sera peut-être là pour la série sur Leah, si elle se fait. On espère juste que d’ici là, quelqu’un aura eu le courage de lui donner quelque chose à dire sur notre monde si fou. Son monde. Pas celui de son père transposé en 2026..

Crédit photos : ©Disney

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