Pourquoi Twin Peaks est-elle une série culte ?

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Le Cerveau ne va pas mentir, il était beaucoup trop jeune pour comprendre le phénomène Twin Peaks lors de sa première diffusion en 1990. Mais les archives ont laissé des traces indéniables sur l’importance du phénomène Twin Peaks à son époque, notamment lors de sa première saison. David Lynch, et son comparse Mark Frost, cela va sans dire, ont marqué leur temps avec cette série hors-norme pour plusieurs raisons.

Grand Noms pour petit écran

mark-frost-twin-peak et david LynchLa première étant le passage du grand au petit-écran d’un grand nom du cinéma. Beaucoup ont cru que le réalisateur signait avec Twin Peaks son arrêt de mort, faisait une erreur en n’ayant aucun scrupule à traverser la barrière entre le Cinéma et la Télévision.

Certains pensaient qu’il détruisait sa carrière, le petit-écran étant considéré par l’intelligentsia du 7ème art comme un sous-art, et le repère des rebuts du Cinéma. David Lynch a pris le risque de croire en sa série et d’aller jusqu’au bout, faisant fi de ce qui se dira. La télévision étant l’apanage de créateurs anonymes, beaucoup étaient sceptiques quant à la réussite de David Lynch, et son idée de reprendre un projet de film avorté et d’en faire une série.

Si aujourd’hui la frontière entre cinéma et télévision n’existe plus, les talents, qu’ils soient acteurs, réalisateurs ou scénaristes – même les plus célèbres n’hésitent plus quand il s‘agit de projet TV –  à la fin des années 80, c’était dangereux.  Et même si d’autres avant lui s’étaient risqués à quitter le cinéma pour la télévision, David Lynch reste celui qui a réussi un tour de force, que beaucoup croyaient impossible à son époque.

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Saluée par la critique et succès à sa diffusion

Quelques mois avant la diffusion sur la chaîne ABC, la critique, fait rare, était unanime sur la qualité de la série.

Fascinée par cet hybride narratif et visuel, la critique conquise, n’avait pour autant pas participé à l’engouement pour la série, si ce n’est les spécialistes de la télévision, galvanisés par une œuvre qui sort de l’ordinaire, sans pour autant chercher à lancer le culte. En effet, cette dernière était plutôt sceptique face à l’intelligence et l’intérêt de spectateur pour une œuvre aussi particulière, complexe et hybride. Comme le souligne un article du Los Angeles Times en février 1990 intitulé  «Est-ce que la télé est prête pour David Lynch?»,

couvertyre new york magazine twin peaksPourtant, à l’image des critiques américaines, qui ont eu le privilège de découvrir le pilote avant les autres, l’engouement pour Twin Peaks aura été massif auprès des spectateurs, puisqu’à sa diffusion elle fédère plus de 34,6 millions de gens devant leur écran. Des chiffres inatteignables aujourd’hui, où certaines chaînes du câble sont extatiques à l’idée de réunir 14 millions de personnes devant une série le jour de sa diffusion.

Mais de courte durée

La saison 1 courte, avec ses 7 épisodes suivant le pilote de deux heures, aura d’ailleurs toujours autant de succès que son premier rendez-vous sur les écrans, le bouche-à-oreille intrigant ceux qui n’auront pas été là pour le lancement de Twin Peaks. Et même si la saison 2 n’aura pas eu le succès attendu, au grand dam de David Lynch soumis aux restrictions de la chaîne ABC, diffuseur de la série, elle reste une série qui aura été à sa diffusion, un phénomène de société, où l’on parlait même de « PeaksMania ».

Un succès pour une série qui aux premiers abords pour les programmateurs TV à son époque, paraissait trop complexe, trop hybride, trop en avance sur son temps. Ce qui empêchera les scénaristes et réalisateurs de garder ce mélange qui aura été l’atout charme de la saison 1, de laisser planer le mystère entre ses intrigues de soap opéra, leurs bizarreries, teintées d’une belle dose de thriller. Ces derniers, étaient forcés à résoudre le mystère Laura Palmer plus-tôt que prévu, par peur que les spectateurs ne fuient l’écran las d’attendre des réponses. Une décision de la chaîne qui va d’ailleurs créer l’effet qu’il redoutaient, et sonner le glas d’une série qui pourtant avait tout pour durer.

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