24 Legacy : Revival cliché, dangereux, morne et sans nuances

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2.0

24 Legacy s’est présenté ce dimanche au public américain. Quid de ce nouveau 24 heures Chrono ? Une tentative bien clichée et peu convaincante et sans réinvention d’une série culte, qui aurait mieux fait de ne pas voir le jour.

Ce dimanche et lundi soir, le Cerveau assistait à l’ultime résurrection de la série culte 24 Heures Chrono. Série qui a fait les beaux jours de la Fox dans les années 2000, et créé un véritable culte, pour un véritable programme d’action hors normes.

Voici donc, trois ans après, la tentative un peu ratée de faire revivre le mythe Jack Bauer, avec 24 Legacy. Spin-off de la série originale, sans Jack Bauer et avec de nouveaux personnages mais n’excluant pas la participation de certains anciens comme l’assure la promo de la série avec le retour de Tony Almeida (Carlos Bernard). Une série qui reprend la formule originelle sans vraiment la renouveler, dans l’idée de faire revivre la poule aux œufs d’or, celle qui attirait annonceurs et autres placements de produits lucratifs. Verdict ? Pas « gégé » comme qui dirait.

Le fils prodigue spirituel

24-Legacy-FOX-TV-series-Corey-Hawkins critiqueLe digne successeur de Jack Bauer, l’homme, la machine, le mythe : Eric Carter porté par Corey Hawkins. Un ancien Ranger, qui se retrouve pourchassé et en quête de défaire une possible attaque terroriste sur le sol américain, à l’heure du Muslim Ban et Trump au pouvoir. L’intrigue, on la voit arriver de loin : des arabes, musulmans de surcroît, traquent des rangers qui ont tué leur leader dans leur pays, alors que ces derniers planifient des attaques de grandes envergures aux USA. Chouette, 24 Legacy pourrait presque nourrir les « alternatives facts » de ce nouveau gouvernement américain.

Ce cher jeune homme donc, se charge lui-même, parce que personne, comme par hasard, n’est au courant de cette affaire secrète et de cette milice cachée. il prend donc les choses en main pour prévenir l’inconcevable, avec l’aide de l’ancienne directrice de la CTU (ou CAT, c’est comme on veut). Pourquoi ? Parce qu’après avoir été attaqué et être sorti indemne lui et son épouse d’une tentative de meurtre et attaque de terroristes djihadiste armés jusqu’aux dents et en groupe, il n’y a que lui et lui seul qui peut comprendre et remonter les ramifications de ce qui se passe, des fichiers volés aux terroristes et perdus, pour éviter une tuerie. Un peu comme Jack Bauer était seul à pouvoir sauver l’Amérique, Carter, ce patriote, est seul contre tous (avec quand même un peu l’aide des drones et autres outils satellites et technologies de la CAT – parce que 24 sans technologie, c’est un peu comme 24 sans Jack Bauer…. oh…wait….). La course poursuite pour retrouver les fichiers perdus, un ex-ranger psychotique et stopper une lycéenne un peu en chaleur (avec un joli accent arabe qui roule les R) de commettre une attaque sur son école, et avec son prof, s’engage, en temps réel, montre en main.

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Perfectible et déjà-vu

On pourrait se demander si les séries cultes auront un jour le droit et le respect de pouvoir quitter le petit-écran en paix. A l’heure des revisites et autres revivals à foison, la Fox relance son bébé d’action, sous la supervision de deux anciens de la série : Manny Coto et Evan Katz. Ces derniers reprennent donc la formule originelle, puisent encore dans le filon du terrorisme islamiste pour tenter de faire revivre l’adrénaline sauce Bauer avec un nouveau héros. Si Corey Hawkins se donne complètement à son personnage et semble habité par l’esprit 24 (ou Jack Bauer) entre prises de risques et séquences d’actions survoltées ou dopées à bloc, cette revisite de 24 heures chrono pêche un peu. Voire beaucoup, même si elle reste divertissante de surcroît.

directrice CATElle pêche par son manque tout d’abord de renouvellement. Les fans et autres spectateurs habitués à l’esprit 24 heures chrono, verrons dans 24 Legacy un bis repetita de ce qu’ils connaissent : taupe au sein de la cellule anti-terroriste, dirigée par la femme d’un sénateur en pleine campagne présidentielle (un peu comme un certain David Palmer en saison 1). Une femme qui pourrait bien être la taupe. Un homme en fuite, torturé mais prêt à tout pour sauver l’Amérique et habité par un patriotisme que seul lui comprend, pas même son frère, qui est d’ailleurs à son opposé puisque trafiquant de drogue (Allo caricature, non mais allo ?), et qui servira d’intrigue adjacente à la série, un peu comme les intrigues de la fille de Jack, la fameuse et culte Kim. Les terroristes sont encore plus caricaturaux que tous les irakiens, afghans et autres djihadistes que l’on a pu voir dans la série originelle, et les scènes d’actions ou de tirs, assez classiques, en mode FPS.

Stéréotypes much

Avec une vessie lui aussi à tout épreuve, et à coup de split-screens, marque de fabrique de la série, nous voici donc engagés dans la classique course poursuite des gentils contre les méchants, incarnés une fois de plus par les « fameux » terroristes musulmans. Des terroristes stéréotypés, tout aussi stéréotypés qu’il y a 10 ans.  Si à son époque, 24 Heures Chrono prenaient le temps de nuancer ses propos et son intrigue, dans 24 Legacy, il n’est plus le temps de la nuance. Il faut aller vite, et reste efficace, le reste est inutile.

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On balance la sauce, on copie-colle, et on espère que l’effet nostalgie fera l’affaire. Malheureusement cela ne marche pas. Mieux. Ça exaspère. On aurait envie de crier à l’outrage, à l’infamie, surtout par ces temps austères aux USA, entre un gouvernement effrayant qui s’empare des médias et autres programmes-tv à son avantage, tout en essayant de jouer avec le public. Un gouvernement qui pourrait bien jouer avec la fiction 24 Legacy, qu’on imaginerait usée comme propagande pour justifier certains décrets injustifiables, surtout puisque la chaîne qui la diffuse est pro-républicaine. Au lieu de tempérer les ardeurs et la paranoïa, 24 Legacy pourrait presque alimenter cet esprit de méfiance envers toute une ethnie, sans nuancer ou remettre en question l’écriture de cette intrigue qui a été faite bien avant la prise de pouvoir du nouveau président américain. 24 Heures Chrono aurait mieux fait de rester dans sa tombe, surtout sans son cultissime héros, feu Jack Bauer.

Crédit photo : ©Fox

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